Ronan Dantec : « Ayrault à Matignon, c'est une garantie en terme de transition énergétique. [...] Il est convaincu que les énergies renouvelables sont créatrices d'emploi : nous allons pouvoir discuter avec lui. »

Article de Victor Roux-Goeken de l'agence AEF Développement Durable (le site ici)

Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes depuis 1989, président de son agglomération, Nantes Métropole, et président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale depuis 1997, est nommé Premier ministre à 62 ans, annonce Pierre-René Lemas, nouveau secrétaire général de la présidence de la République, mardi 15 mai 2012. L'homme politique « fait partie des grands élus locaux socialistes qui ont compris l'enjeu du développement durable urbain et il l'a montré sur 20 ans », estime le sénateur (EELV) Ronan Dantec, ancien vice-président de Nantes Métropole en charge de l'environnement. La ville sera capitale verte de l'Europe en 2013. Mais en soutenant le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Marc Ayrault « applique un logiciel plus classique, productiviste, et surtout d'inscription des territoires dans la compétition mondiale, avec des enjeux d'attractivité et de productivité », nuance Ronan Dantec.

Plusieurs recours devant le Conseil d'Etat sont en cours d'examen contre le projet d'aéroport, qui a fait déjà l'objet d'une déclaration d'intérêt publique en 2008 et d'un contrat de concession entre Vinci et l'État en 2010 (AEF n°8781). Le 8 mai, plusieurs opposants ont interrompu une grève de la faim entamée 28 jours plus tôt, après la signature d'un accord avec Alain Gralepois, secrétaire de la fédération Loire-Atlantique du PS, suspendant les expulsions jusqu'à l'épuisement des recours. « Cela va faire un peu baisser la pression », relève Ronan Dantec, opposant au projet. « Je pense qu'il ne se passera plus grand chose sur le site pendant un an et demi. »

« IL A LAISSÉ PLUS DE PLACE AUX ÉCOLOS QUE DANS D'AUTRES VILLES »

L'agglomération de 600 000 habitants, qui regroupe 24 communes, dispose de trois lignes de tramway et d'une ligne de BHNS (bus à haut niveau de service). Sept nouvelles lignes sont en projet pour 2013. Outre le réseau de tramways, l'agglomération nantaise disposera d'ici à 2013 de deux lignes de tram-train, dont l'une a déjà été mise en service en 2011. Elle a aussi mis en service en 2008 un système de vélos en libre service, les Bicloos, exploité par JCDecaux. Depuis 20 ans, Jean-Marc Ayrault a ainsi « conduit à Nantes, en matière de transports en commun, des politiques qui n'ont pas leur pendant en France », juge le sénateur EELV.

Depuis dix ans, « Jean-Marc Ayrault a accompagné les nouvelles politiques environnementales, notamment sur le climat, sur la biodiversité, en les déléguant à des élus écologistes », continue Ronan Dantec. « Il a laissé plus d'espace aux écolos que dans d'autres grandes villes françaises », estime le secrétaire général de la Feve (Fédération des élus verts et écologistes).

Le maire « a toujours soutenu les actions en matière d'énergie », indique à AEF Pascale Chiron, adjointe (EELV) au maire de Nantes et vice-présidente de l'agglomération en charge de l'énergie, le 15 mai. En 2008, qui correspond à fin du premier mandat auquel avaient participé des écologistes, « plus de 10% d'économies d'énergie avaient été réalisés sur les bâtiments municipaux ». Plus récemment, le maire de Nantes « a soutenu l'extension des réseaux de chaleur de la ville ». Un fonds énergie a également été mis en place pour les logements sociaux.

« Quand nous avons classé Natura 2000 la petite Amazonie, pratiquement en centre ville, Jean-Marc Ayrault était plus en soutien que d'autres de ses vice-présidents », reprend Ronan Dantec. Le maire de Nantes « m'a beaucoup soutenu sur des politiques clés » : l'agenda 21 de l'agglomération en 2006 « qui a donné beaucoup de résultats » ou encore le plan climat, adopté en 2007. « Nous sommes allés loin, au point de tenir nos objectifs de -30 % d'ici 2020 » des émissions de gaz à effet de serre par habitant de l'agglomération. « Aujourd'hui, toutes les politiques menées par Nantes Métropole doivent être quantifiées par leur impact CO2. Cela n'est possible qu'avec un soutien fort du président. »

Pour Ronan Dantec, « ce sont ces politiques, engagées sur la durée pendant 20 ans, et en coproduction depuis dix ans, qui font que Nantes a été choisie comme 'capitale verte de l'Europe 2013' ». Le maire de Nantes « m'a aussi permis de faire participer Nantes Métropole aux réseaux internationaux sur le climat ». L'agglomération préside le groupe de travail climat du réseau CGLU (Cités et gouvernements locaux unis), intervenant ainsi lors des négociations de l'ONU sur le climat, et copréside avec Copenhague le groupe de travail sur le changement climatique d'Eurocities.

« UNE GARANTIE EN TERME DE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE »

Par ailleurs, le Premier ministre « est issu d'un département où le PS a dit non au nucléaire ». Deux projets avaient été envisagés dans l'estuaire de la Loire, au Pellerin et au Carnet. « Après Fukushima, il est allé assez loin sur l'idée d'un moratoire, au point de se faire recadrer par Martine Aubry. » Alors président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, il avait demandé et obtenu du Premier ministre François Fillon d'élargir le périmètre de l'audit de l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire) des réacteurs nucléaires à l'ensemble des installations nucléaires.

La ville de Nantes a aussi « beaucoup fait pour le développement des énergies renouvelables urbaines », continue Ronan Dantec. « Ayrault à Matignon, c'est une garantie en terme de transition énergétique. Il est beaucoup plus indépendant du lobby nucléaire que d'autres parlementaires socialistes, et ce que nous avons fait sur notre territoire fait qu'il a déjà une expérience. Il est convaincu que les énergies renouvelables sont créatrices d'emploi : nous allons pouvoir discuter avec lui. »

Enfin, le sénateur rappelle l'existence d'un autre objet de contentieux entre écologistes et socialistes lors de leur arrivée à la mairie de Nantes en 2001 : « L'extension du port de Donges-Est, un des plus gros dossiers européens en terme de biodiversité, même s'il a été moins médiatisé que Notre-Dame-des-Landes. » Ce projet conçu dans les années quatre-vingt visait à étendre, à l'est de Donges, sur un site naturel sensible de plusieurs centaines d'hectares, les installations du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire. Il a été abandonné en 2009. « Jean-Marc Ayrault a eu l'intelligence de faire machine arrière sur ce projet, en considérant qu'il n'était plus d'actualité. »