Article de Hélène Bekmézian et Raphaëlle Besse Desmoulières paru sur le blog Rouge&verts, de l'extrême gauche aux écologistes (en ligne ici)

Comme souvent chez les écologistes, difficile de s'y retrouver. Réunis à Nantes pour leurs journées parlementaires, le 18 septembre, députés, députés européens et sénateurs ont fait part de leurs divergences, mais avec le sourire, concernant le traité budgétaire européen, qui doit être soumis aux parlementaires pour ratification à partir du 2 octobre.

Impossible d'obtenir un décompte précis des positions des uns et des autres : selon les sources, les chiffres divergent. Pascal Canfin, ministre EELV délégué au développement et favorable au texte, estime qu'"un tiers des parlementaires est pour, un tiers contre et un tiers pour l'abstention". Pour Jean-Vincent Placé, le président du groupe écologiste au Sénat, opposé au TSCG comme son homologue de l'Assemblée nationale François de Rugy, le "oui est très faible". Le sénateur Jean Desessard lui assure que "trois [de ses collègues] s'abstiendraient, deux voteraient oui, quatre voteraient non et trois hésiteraient encore"... A l'Assemblée, M. de Rugy avance que "12 députés sur 17" seraient contre le texte. Et que ceux qui disent le contraire "prennent leurs désirs pour la réalité" selon le député de Loire-Atlantique. Bref, pas de quoi se faire une idée, sinon celle d'une certaine cacophonie.

Position officielle du parti samedi

Pour ajouter encore un peu de piquant, le parti doit adopter une position officielle les 22 et 23 septembre lors d'un conseil fédéral. Le non pourrait l'emporter. "L'Europe ne doit pas être le lieu du défoulement et de la posture", a plaidé le secrétaire national d'EELV Pascal Durand à la tribune. Même si les parlementaires affirment qu'ils seront attentifs au message porté par leur parti, ils revendiquent leur liberté de vote. "Si on devait se faire dicter notre conduite par le parti ou le gouvernement, ce serait une remise en cause totale de nos pouvoirs", glisse Brigitte Alain, députée de Dordogne."Tant que je serai secrétaire national, ce mouvement ne se permettra jamais de donner des instructions aux parlementaires et les laissera libres de leur décision", a toutefois rassuré M. Durand.

Si les chefs de groupe semblent bien arrêtés sur leur position, leurs troupes, elles, apparaissent plus mouvantes. Corinne Bouchoux, sénatrice du Maine-et-Loire, se définit ainsi comme "très européenne" mais avoue "qu'on aura du mal à [lui] faire voter ce traité". "L'argument de dire qu'on doit ça à l'Allemagne... c'est quand même plus compliqué que ça", juge-t-elle. Cet argument allemand, c'est justement ce qui a convaincu Christophe Cavard, député du Gard et ancien opposant au traité constitutionnel européen en 2005. "La seule raison de voter ce traité est que l'Allemagne lâche du lest, ce qui a été le cas", juge-t-il.

Aline Archimbaud, sénatrice de Seine-Saint-Denis, elle, prendra sa décision lundi, après avoir pris connaissance des textes de loi et de la position officielle de son parti. "S'il s'agit réellement de reprendre exactement le texte négocié par Nicolas Sarkozy qu'on avait critiqué, je n'ai pas changé d'avis entre temps", explique-t-elle. Pourtant, elle veut laisser sa chance à François Hollande. "Si le gouvernement fait un effort, ce serait pas mal de donner un signe", estime-t-elle aussi.

L'abstention, grande gagnante ?

Au final, la grande gagnante pourrait être l'abstention, qui aurait le grand avantage pour beaucoup d'offrir un visage uni sur la question. "Ca fait partie du sale boulot qu'il faut parfois faire", juge Jean-Louis Roumégas, député de l'Hérault. Lui est favorable au TSCG mais travaille à ce que son groupe se retrouve sur cette "position commune". "Oui, c'est un héritage et c'est insuffisant, nous sommes tous d'accord, explique-t-il. Mais si on se divise en oui et non, notre position sera moins lisible." Mme Alain, elle, est contre ce texte mais affirme qu'elle ne sera pas "crispée sur le fait de voter non". Elle pourrait du coup s'abstenir pour réconcilier tout le monde. "On peut arriver à des votes conformes à l'Assemblée nationale et au Sénat avec l'abstention", veut croire de son côté le sénateur de Loire-Atlantique, Ronan Dantec. "Ca permettrait de dire à Hollande qu'aujourd'hui on ne le sanctionne pas a priori sur sa politique européenne sans aller sur un 'oui' enthousiaste vu la tête de ce traité", glisse-t-il.

"Nous allons essayer de trouver une position commune mais si on n'en trouve pas, ce n'est pas dramatique", a tenté de dédramatiser Barbara Pompili, coprésidente du groupe écologiste à l'Assemblée avec M. de Rugy. "Avec Barbara, on n'a pas envie de jouer les sergents chefs, comme le fait Bruno Le Roux", ajoute ce dernier. Même son de cloche chez M. Placé, qui refuse aussi de faire de "l'autoritarisme". Lui ne croit pas que l'abstention sera majoritaire. "L'unité ne doit pas être de façade et ça ne tromperait personne, explique-t-il. De fait, il y a une consigne de vote, celle du parti, mais ce n'est pas impératif. Après à chacun de se positionner. Mais une grande majorité de parlementaire suivra le mouvement." Optimiste, Ronan Dantec veut croire que "plus nous aurons de positions parlementaires communes, plus les journalistes s'attacheront au fond et non pas à nos divisions". En attendant, les désaccords des écolos continuent d'alimenter les colonnes des journaux.