Une grande partie des écolos refuse de ratifier le texte du TSCG. Une position qui pourrait tendre les relations avec le partenaire socialiste.

Nicolas Chapuis (article en ligne ici)

En matière d'Europe, les écolos cultivent avec brio l'art de la symphonie en dissonance majeure. La semaine avait pourtant bien commencé pour eux. Après les annonces ce week-end de François Hollande lors de la conférence environnementale, le temps était au vert fixe pour leurs journées parlementaires des lundi 17 et mardi 18 septembre. Deux jours pour célébrer la nouvelle donne : avec 45 parlementaires (17 députés, 12 sénateurs et 16 élus européens), deux ministres et un parti presque soudé, EELV s'impose comme l'une des forces politiques de premier plan.

Mais la question du traité européen de stabilité, qui sera présenté demain en conseil des ministres, réveille les vieux démons écolos, très divisés sur la question. Alors que François Hollande demande à sa majorité de ratifier dans les assemblées le texte du TSCG négocié entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, auquel il a adjoint un pacte de croissance, les Verts mesurent plus que jamais les implications du statut d'allié privilégié des socialistes et de la participation gouvernementale. Pagaille en vue à tous les étages.

Premier étage : le parti

Pascal Durand, secrétaire national du mouvement, le martèle : "Il serait absurde que le parti soit sur l'abstention." EELV sortira donc de son conseil fédéral ce week-end avec une position claire sur le vote du traité européen que porte le gouvernement. Le vent du non souffle très fort sur le parti. Un des dirigeant se livre au jeu des pronostics : "Il y aura un vote massif, et ça ne sera pas pour le oui ! ".

Un bureau exécutif a lieu mardi soir pour tenter d'aboutir à un texte de synthèse. Des amendements permettront ensuite de déterminer la position du parti sur le TSCG. "On veut éviter un vote frontal entre des textes de motions opposées", explique Pascal Durand, pompier de service, chargé d'éteindre les départs de feux. "L'Europe ne doit pas être un lieu d'exutoire, de défoulement et de polémiques", scande-t-il. Le vote sur la question européenne ne doit pas virer à un vote sur la participation gouvernementale. Par ailleurs, Durand veut garantir l'indépendance des députés : "Ce mouvement ne se permettra jamais de donner des instructions aux parlementaires."

Deuxième étage : le Parlement

"Chez les élus, le oui est très faible, l'abstention existe, et le non est majoritaire", décrypte Jean-Vincent Placé, chef de file de l'opposition au traité. Le patron des Verts au Sénat envisage de voter à la fois contre le traité, et contre la loi organique qui doit inscrire la règle d'or dans les textes.

Daniel Cohn-Bendit, figure du mouvement, avait pourtant harangué ses troupes en faveur du oui. Yannick Jadot, député européen, est venu faire le service après vente à Nantes. Dans un clin d'œil appuyé à ses camarades il insiste : "Dans Europe Ecologie-les Verts, il y a Europe". Placé s'amuse de la position de ceux qu'il qualifie d'"euro-béats". "Ils veulent toujours des référendums. Mais il n'en propose pas sur le traité..." Lui n'est pas favorable à une consultation populaire (comme le souhaite Mélenchon), et renvoie le PS à ses responsabilités : "Il faut que les socialistes assument qu'ils votent ce texte avec la droite."

D'autres parlementaires sont moins catégoriques que lui. Pour Ronan Dantec, "l'abstention pourrait l'emporter, parce qu'il y a eu les annonces de la conférence environnementale vendredi." Pour le sénateur de la région de Nantes, Hollande a fait un pas vers les écolos, c'est à leur tour d'en faire un sur le TSCG : "Le président a mis dans son discours la dimension européenne de relance par la transition énergétique. A partir de là, on ne peut pas le sanctionner sur la politique européenne. Un vote contre le traité me paraît illisible." Face à ces divergences d'opinion, les présidents de groupe au Sénat comme à l'Assemblée envisagent de laisser la liberté de vote. Un des membres du conseil fédéral hoche la tête de dépit : "Liberté de vote ou abstention, dans les deux cas, on dit aux gens qu'on n'a pas de position sur l'Europe. On passe encore pour des cons."

Troisième étage : le gouvernement

Les deux ministres écolos ont fait le déplacement mardi pour les journées parlementaires. En tant que membres du gouvernement, Pascal Canfin (en charge du développement) et Cécile Duflot (Logement) risquent de se retrouver en porte-à-faux avec leurs collègues, si leur parti vote massivement contre le traité soutenu par le Premier ministre et le président. "Il ne serait pas souhaitable de voter contre", glisse Canfin, qui estime que "si la France ne ratifie pas le traité nous ferions face à une crise politique majeure." En revanche, il ne veut pas lier les annonces de la conférence environnementale avec le vote du traité. "On n'est pas des marchands de tapis ! "

Le ministre avance une solution : "Je souhaite qu'il y ait un vote sur la déclaration de Jean-Marc Ayrault (avant le vote sur le TSCG, ndlr) pour qu'il y ait un large rassemblement de la majorité sur la feuille de route." Un tel vote permettrait aux écolos de donner un gage aux socialistes avant de s'abstenir ou de voter contre le traité. Quelle que soit la position choisie, Canfin tente à tout prix de dédramatiser l'affaire : "Il faut relativiser le vote du TSCG. Dans trois semaines on n'en parlera plus." On jurerait que le ministre a hâte d'y être.