Débattre des questions de prix, de justice sociale et territoriale dans les politiques énergétiques, c'est poser la question de la solidarité nationale. Ce fut le cas lors de la deuxième journée des Assises de l'énergie, le 30 janvier 2013, à Grenoble. Avec des prévisions pessimistes, et des informations alarmantes, comme la baisse de moitié du budget de l'Anah, en raison de l'effondrement du prix des quotas carbone.

Article de M. Bidault publié sur La Gazette des communes le 01/02/2013

« Le vent de Picardie pour les Picards, est un slogan qui ne m'intéresse pas ! Ce serait détricoter l'idée d'une société fondée sur la solidarité », a prévenu le sénateur (EELV) de Loire-Atlantique Ronan Dantec.
Et le coordinateur du groupe de travail « gouvernance » dans le cadre du Conseil national du débat sur la transition énergétique de préciser, plus prosaïque, « dans le cadre du débat, nous sommes en train de chercher des consensus. Si nous touchons à l'idée d'un même prix partout, nous ne trouverons pas de consensus ».

L'augmentation annoncée des prix – Mais ce prix unique de l'électricité risque d'augmenter dans les prochaines années. Beaucoup.
La Commission de régulation de l'énergie a ainsi annoncé une augmentation de 30% d'ici à 2016, scenario repris par la commission d'enquête sénatoriale sur le coût réel de l'électricité de juillet 2012.

La vidéo ci dessous:


Assises 2013 : "Concilier signal prix, justice... par Assises_energie

 

Évolution de la facture annuelle d'électricité, selon la CRE, d'un ménage type entre 2011, 2016 et 2020 (Hors taxes mais CSPE comprise). Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Même si l'essor de la production américaine de gaz de schiste, pourrait, selon certains, infléchir cette tendance, les intervenants aux 14e Assises de l'énergie, du délégué général de l'association Amorce, Nicolas Garnier, au directeur de la stratégie EDF Commerce, Alain LE MAISTRE, ont surtout insisté sur le fait que le coût supporté par les ménages était le produit du prix par le nombre d'unités consommées et qu'il était urgent d'agir sur cette consommation, à travers notamment des travaux massifs de rénovation thermique, « la chose la plus intelligente à faire » selon l'économiste Eloi Laurent.

Or les financements manquent en raison notamment de l'effondrement du prix des quotas carbone, qui pourrait avoir pour conséquence la division par presque deux du budget (300 millions d'euros au lieu de 580) de l' Agence nationale de l'habitat (ANAH), selon Pierre Ducret, président de CDC Climat. [Lire aussi : Logement : Bilan mitigé pour le programme « Habiter mieux »]

Des aides financières à réorienter - A court terme, la proposition du médiateur national de l'énergie, Denis Merville, semble faire l'unanimité : il faudra créer un « chèque énergie » pour permettre aux plus pauvres de payer leurs factures.
« Mais il est important de travailler sur des mesures structurelles, insiste Bruno Rebelle, ex-responsable de Greenpeace France, membre du comité de pilotage du débat national sur la transition énergétique. Les tarifs sociaux de l'énergie sont des aides à fonds perdu. Il faudrait que la part de la Contribution au service public de l'électricité (CSPE) aujourd'hui utilisée pour ces publics, soit plutôt investie dans la rénovation énergétique ».

Mettre fin à l'opacité - Pour Pierre Bonnard, directeur général délégué de Réseau de Transport d'Electricité (RTE), « une certaine vérité des prix est nécessaire pour maîtriser la demande d'énergie », et de souligner la nécessité de bien prendre en compte le coût des infrastructures indispensables, tant pour raccorder de l'éolien offshore que des millions de panneaux solaires.

Mais pour les représentants de collectivités, les prix sont tout sauf transparents et le torchon brûle avec ERDF, concessionnaire obligé pour les réseaux de distribution.
Rapports de force, constat de défaillance, contrôle systématique des devis pouvant atteindre huit fois le montant estimé par l'autorité concédante, ont alimenté un atelier animé le 30 janvier aux Assises de l'énergie.

Le matin, en plénière, Catherine Dumas, directrice générale adjointe du SIPPEREC, avait ainsi résumé les griefs : « nous sommes propriétaires, mais nous n'avons pas les comptes de concessions, nous ne savons pas ce qui nous appartient, ni quels travaux sont menés. Nous constatons une dégradation des réseaux ». Avant de conclure : « La péréquation, oui, mais il faut de la transparence dans la péréquation ! ».