L'avion étant le moyen de transports le plus polluant, l'urgence climatique impose de faire payer le secteur aérien, à commencer par supprimer la scandaleuse niche fiscale sur le kérosène. Ronan Dantec, aux côtés de Brice Lalonde et Matthieu Orphelin, du RAC et de FNH, appelle à agir à l'occasion du salon du Bourget qui se tient en ce moment.

20130620 - RAC FNH - Ronan Brice Lalonde

Salon du Bourget: Y a-t-il un écolo dans l'avion?

ENVIRONNEMENT - Biodiesel ou moteur électrique, les avancées technologiques présentées au Bourget suffiront-elles à verdir l'aviation?...

Biodiesel, électricité, restes de plateaux-repas transformés en carburant... Les idées ne manquent pas pour donner à l'aéronautique des reflets verts. Alors qu'Airbus, Air France, Safran et Total, fleurons de l'industrie française, ont fait partir ce jeudi du Salon du Bourget à destination de Toulouse un vol alimenté en partie par du biocarburant, les ONG estiment qu'il ne faudra pas compter uniquement sur la technologie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'aviation.

Des exonérations anachroniques

Avec 2% des émissions mondiales de CO2, soit autant qu'un pays comme l'Allemagne, le trafic aérien s'impose comme un poids lourd du réchauffement climatique. Et selon les prévisions, cela ne devrait pas s'arranger dans les prochaines années: en tablant sur un triplement du trafic mondial d'ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre du secteur pourraient être multipliées par trois ou quatre. «Il faudra des innovations technologiques majeures pour améliorer l'efficacité énergétique mais aussi introduire une fiscalité plus juste», estime Matthieu Orphelin, conseiller sur la transition énergétique à la Fondation Nicolas Hulot.

Réunies ce jeudi matin autour du sénateur écologiste Ronan Dantec, les ONG ont ainsi rappelé que l'aviation ne pouvait plus échapper au marché des quotas de carbone et que les exonérations fiscales dont elle bénéficie ne sont plus justifiées. «Les exonérations de toutes les taxes sur le carburant, y compris de TVA, sont anachroniques, poursuit Matthieu Orphelin. Cette niche kérosène pourrait représenter jusqu'à 1,3 milliard d'euros de manque à gagner.» Mais avec l'envolée des prix du pétrole, il y a fort à parier que les compagnies aériennes seraient vent debout si l'abolition de ces privilèges était à l'ordre du jour.

«La dernière goutte de pétrole sur Terre ira dans un avion»

Du côté d'Airbus, on se prépare néanmoins à un durcissement des réglementations environnementales: le groupe européen présente ainsi cette année au Bourget un prototype, baptisé e-fan, de petit biplace électrique équipé de batteries lithium-polymères, et a annoncé mardi un accord de partenariat de recherche avec le groupe allemand Siemens sur des systèmes de propulsion électriques hybrides. Jeudi, c'était au tour d'Air France, Safran et Total de se joindre au constructeur européen pour un vol de démonstration d'un A321 utilisant 10% de biocarburant.

Ce biocarburant, réalisé à base de sucre de canne, n'est toutefois pas la panacée environnementale, a rappelé Brice Lalonde, conseiller spécial aux Nations unies sur le développement durable. «Les compagnies aériennes me paraissent conscientes du problème de compétition avec les ressources alimentaires que représentent les biocarburants, juge Brice Lalonde. Mais elles attendent des signaux des gouvernements pour savoir lesquels privilégier et on sait que le Brésil fait le forcing sur l'éthanol».

Les tentatives des avionneurs pour mettre du bio dans leur moteur pourraient toutefois être freinées par le prix de ces biocarburants: ils sont au minimum 30 à 50% plus chers que leur équivalent pétrolier et les plus écologiquement vertueux sont soit deux à quatre fois plus coûteux, soit basés sur des ressources limitées (graisses animales, huiles usagées...). Alors que l'Internationale du transport aérien (IATA) s'est fixé un objectif de 17 milliards de litres de biokérosène utilisés d'ici à 2020, Philippe Boisseau, le patron de la division Energies Nouvelles du groupe Total, nuance cet engouement: «Vous ne remplacerez jamais les hydrocarbures, mêmes fossiles, dans l'aviation. On dit toujours que la dernière goutte de pétrole sur Terre ira dans un avion.»