Lancée le mois dernier par des élus de gauche, la proposition de fusion de la Bretagne et des Pays-de-la-Loire au sein de laquelle serait créée une Assemblée de Bretagne, fait peu à peu son chemin. Un récent sondage la conforte.

Article de René Perez en ligne ici

« Non au statu quo ». Le sondage que nous avons publié jeudi dernier donnait un résultat sans ambiguïté. En Bretagne comme dans les Pays-de-la-Loire, une majorité assez nette se dégage en faveur de regroupements. Si, pour les Bretons, l'option préférée reste très majoritairement la réunification des cinq départements de la Bretagne historique, cette enquête a mis en évidence une adhésion assez nette et plutôt inattendue en faveur d'une fusion entre Bretagne et Pays de la Loire : 62 % chez les Bretons et 66 % chez les Ligériens.

« Le statu quo contraire aux intérêts des Bretons »

Et si on faisait une synthèse de la fusion et de la réunification ? C'est l'idée inédite lancée par des élus verts et PS le mois dernier, à Nantes. De confidentielle au départ, elle est en train de faire son chemin, confortée par les résultats de ce sondage.
À vrai dire, la proposition n'est pas complètement ficelée mais l'architecture est relativement simple : une fusion des deux régions avec une assemblée régionale élue au suffrage universel et au sein de cette future région, une Assemblée de Bretagne qui serait l'émanation des cinq départements bretons (donc Loire-Atlantique comprise), dont elle hériterait de la plupart des compétences. Elle aurait également à prendre en main certains secteurs spécifiquement bretons comme les politiques maritimes et portuaires ou le développement des énergies marines.
En faisant cette proposition, les élus ont choisi le pragmatisme. Parmi eux, Ronan Dantec, sénateur vert de Loire-Atlantique. Fervent défenseur de la réunification, il est aujourd'hui conscient des obstacles nombreux qui se dressent devant cette option, notamment chez les élus des Pays-de-la-Loire qui ne veulent pas voir la Loire-Atlantique larguer les amarres.
Mais le statu quo, il n'en veut pas non plus (« Il serait contraire aux intérêts des Bretons ») et estime qu'une grande région dans laquelle figureraient Brest, Rennes, Saint-Nazaire, Nantes et Angers, ça aurait de la tenue. « Sans pour autant, glisse-t-il, que la Bretagne ait à nourrir des peurs irrationnelles de disparition. Comment la Bretagne pourrait-elle être diluée par la simple appartenance à une grande région administrative ? ».

« Faire sauter les blocages »

Hier, à Nantes, Ronan Dantec était au côté du député PS Philippe Noguès (Morbihan) pour se féliciter de l'audience rencontrée par leur proposition et bien marquer la passerelle territoriale et politique qui a été lancée le mois dernier. D'autres élus ont rejoint le mouvement, parmi lesquels le sénateur vert Joël Labbé (56), les députés PS Virginie Klès et Jean-René Marsac (35) ou encore la sénatrice du Maine-et-Loire, Corinne Bouchoux. Lors d'un déplacement à Lorient, Marylise Lebranchu a évoqué la démarche entreprise par ces élus pour souligner que la porte est ouverte aux initiatives et propositions.
« Nous, ce qu'on souhaite, c'est faire sauter les tensions et les blocages pour faciliter le débat, assure Ronan Dantec. Notre proposition est sur la table. Elle mérite qu'on en discute ». Mais il n'ignore pas qu'entre les partisans intransigeants de la réunification et ceux qui, en face, « ont peur des Bretons », la synthèse ne reste encore qu'une simple hypothèse.