La priorité était de conserver un groupe écologiste au Sénat en trouvant un consensus sur une co-présidence de Corinne Bouchoux et Jean-Vincent Placé, la première présidence institutionnelle étant assurée par la sénatrice EELV.

Article de François Vignal paru sur Publicsenat.fr et ci-après le communiqué de presse

Groupe écologiste du Sénat : fin du psychodrame avec une coprésidence Bouchoux/Placé

Après plus de deux mois de tensions et un ultimatum, le groupe écologiste n’explose pas. Les dix sénateurs ont trouvé un consensus sur une coprésidence Jean-Vincent Placé/Corinne Bouchoux, alternée tous les six mois. Le temps des régionales, le premier a dû laisser la place.

Comme dans tous les bonnes séries, le groupe écologiste du Sénat sait ménager le suspense jusqu’au bout. A croire qu’une batterie de scénaristes hollywoodiens a planché des semaines pour multiplier les rebondissements. Après deux mois de tensions et de doutes, où le groupe écologistes du Sénat a failli exploser, les dix sénateurs ont finalement trouvé un accord ce jeudi, après 2 heures de réunion.

« Casque bleu »

Un énième conclave marqué par les conciliabules. Au bout d’une heure, Esther Benbassa, Ronan Dantec, Jean Desessard et André Gattolin, les quatre sénateurs qui contestaient la présidence à Jean-Vincent Placé, sortent de la salle pour faire le point à l’écart. Trois autres les rejoignent après, avant que tout le monde rentrent à nouveau. Isabelle Debré, vice-présidente Les Républicains du Sénat passe dans le couloir au même moment et s’en amuse : « Vous voulez que je vienne faire le casque bleu ? »

Pas la peine. Chez les écologistes, les affaires se règlent en famille, même recomposée. Après quatre réunions de groupe et quelques cris, la fumée blanche est enfin sortie. Jean-Vincent Placé a accepté de partager la présidence avec Corinne Bouchoux, toujours membre d’Europe Ecologie-Les Verts. La présidence sera tournante. Esther Benbassa, qui avait été la première à allumer la mèche en septembre, refusaient avec ses trois collègues que le sénateur de l’Essonne occupe le poste après avoir quitté EELV pour créer Ecologistes !, un nouveau parti plus pro Hollande qu’EELV, devenu très critique envers l’exécutif. Les quatre étaient à deux doigts de faire un malheur il y a quinze jours. Ils avaient fixé un ultimatum : si Jean-Vincent Placé ne lâchaient pas la présidence avant le 4 novembre, ils quitteraient le groupe, quitte à le faire disparaitre. Ils n’auront pas à mettre leur menace à exécution.

« Eviter les sujets difficiles en période électorale »

Cette piste Placé/Bouchoux était déjà dans les tuyaux depuis le début de l’affaire, en septembre, comme nous l’évoquions. La sénatrice du Maine-et-Loire, historienne de formation, dont l’un des livres a même inspiré un film à Georges Clooney, The monuments men, occupera la première le poste. « Corinne Bouchoux sera d’abord présidente institutionnelle du 6 novembre au 13 décembre pour éviter les sujets difficiles en période électorale. Puis je reprendrai la présidence institutionnelle. Ça changera tous les 6 mois » annonce à publicsenat.fr Jean-Vincent Placé, à la sortie de la réunion. Pour ses opposants, il n’était pas pensable qu’il occupe la présidence pendant les régionales, alors que des candidats de son parti, présents sur les listes PS, se retrouvent en concurrence avec EELV.

Jean-Vincent Placé récupérera ensuite la présidence intentionnelle – le règlement du Sénat ne reconnaît pas les coprésidences – pour environ 6 mois, et ainsi de suite jusqu’aux sénatoriales de 2017. Dans le quotidien, les deux élus occuperont le poste en alternance pour les événements importants : la réunion de groupe, les débats importants en séance ou quand il faut représenter le groupe à Matignon ou l’Elysée.

Placé : « Personne ne peut crier victoire »

La semaine dernière, l’ensemble des sénateurs toujours à EELV s’était rassemblée aux côtés d’Emmanuelle Cosse, patronne du parti, pour faire le point. La situation s’est en réalité débloquée en fin de semaine. Les derniers détails restaient à régler aujourd’hui, comme une clause sur le « troisième tour » des régionales, lors de la composition des exécutifs. Si des élus EELV se retrouvent en concurrence avec ceux d’Ecologistes !, Corinne Bouchoux pourraient conserver un peu plus la présidence...

A la sortie, Jean-Vincent Placé s’est dit « satisfait du compromis : le maintien du groupe est une réalité. Comme tout compromis, chacun a fait des efforts. Personne ne peut crier victoire » souligne-t-il. Le principe de réalité a aussi rattrapé chacun. Les avantages liés à l’existence d’un groupe politique sont nombreux : moyens financiers qui permettent d’avoir des collaborateurs, du temps de parole lors des débats dans l’hémicycle, une niche parlementaire pour inscrire à l’agenda des textes de son choix, place dans les commissions en fonction du poids des groupes...

Dantec : « Ecologistes ! a fait pshitt »

Si Jean-Vincent Placé se dit satisfait, c’est aussi le cas du côté de Ronan Dantec. En fonction des alternances à la présidence du groupe, « les 6 derniers mois seront pour EELV avec Corinne Bouchoux. C'est-à-dire pour l’élection présidentielle de 2017, les législatives et les sénatoriales » se réjouit le sénateur EELV de Loire-Atlantique, pour qui « il y avait un vrai enjeu » dans ce bras de fer. « On a été obligé de passer par un coup de gueule. On a bien fait » pense Ronan Dantec.

Pour les opposants de Placé, un élément a joué dans la balance. Ils estiment que la menace représentée par son nouveau mouvement s’éloigne. « Il ne leur restera qu’un ou deux élus au conseil régional d’Ile-de-France » veut croire un membre du groupe. « Ecologistes ! ça a fait pshitt. Il y a un parti de l’écologie politique qui s’appelle Europe Ecologie-Les Verts » lance Ronan Dantec. Il revendique et « assume » le droit « d’avoir au sein du groupe des désaccords vifs et des critiques sur le plan politique, tout en étant dans la bienveillance individuelle ». Un je t’aime, moi non très écologiste finalement. Mais peut-être pas facile à vivre. Bientôt la saison 2 ?

 


 

Communiqué de Presse

Présidence du Groupe écologiste du Sénat : un compromis a été trouvé

Il y a quelques semaines, les quatre signataires de ce communiqué avaient refusé de participer à un vote sur une proposition d’organisation de la gouvernance du groupe écologiste du Sénat comprenant la reconduction de Jean-Vincent Placé à la présidence institutionnelle de ce groupe.

Jean-Vincent Placé venait en effet de quitter EELV et de créer une autre formation politique, laquelle présentait des candidatEs aux élections régionales sur des listes concurrentes de celles d’EELV. Le maintien du statu quo nous paraissait inenvisageable, d’autant plus qu’une majorité des sénateurs du groupe restait affiliée à EELV.

La menace d’une disparition du groupe écologiste, avec le possible départ, faute de compromis raisonnable, des quatre signataires de ce communiqué, soutenus par leur parti, était réelle. En effet, un groupe doit au Sénat compter au moins 10 membres. Il n’en serait resté que 6.

Au terme de deux mois de pourparlers, cette menace est levée, un compromis a pu être trouvé.

Président du groupe depuis 2011, Jean-Vincent Placé renonce à cette fonction. Jusqu'au 13 décembre 2015 à minuit (date du second tour des élections régionales), c'est Corinne Bouchoux, sénatrice EELV de Maine-et-Loire, qui assurera la présidence.

Au-delà, la présidence institutionnelle du groupe écologiste du Sénat sera assurée alternativement et dans cet ordre, à chaque fois pour six mois, par Jean-Vincent Placé et Corinne Bouchoux, coprésidents du groupe. Cette rotation prendra fin en septembre 2017, avec le renouvellement du Sénat.

Restant fermes sur le fait que notre groupe ne pouvait être présidé en période d'élection par le président d'une autre formation politique qu'EELV, nous avons accepté de faire ce geste pour garantir, dans les meilleures et les plus justes conditions possibles, la pérennité de notre groupe au Sénat. Refusant d’ajouter, à gauche, de la division à la division, nous souhaitons que notre groupe poursuive la tâche engagée il y a quatre ans, et que chacunE de ses membres puisse continuer de servir sereinement et efficacement nos concitoyenNEs.

  • Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne
  • Ronan Dantec, sénateur EELV de la Loire-Atlantique
  • Jean Desessard, sénateur EELV de Paris
  • Andre Gattolin, sénateur EELV des Hauts-de-Seine