Le 13 mai 2014, le conseil régional des Pays de la Loire organisait une session extraordinaire dédiée à la réforme territoriale pour permettre d'ouvrir le débat sur le sujet. Ronan Dantec est intervenu dans le cadre de cette matinée de débats. Retrouvez son discours ci-dessous.

Ici le lien pour voir ou revoir la session extraordinaire du Conseil Régional des PDL sur la réforme territoriale

Monsieur le président, mesdames et messieurs, laissez-moi tout d'abord vous faire partager ma surprise d'être ici aujourd'hui dans cet hémicycle, pour un débat en lien avec le redécoupage de nos régions. Si ce débat anime régulièrement les pages Loire-Atlantique de la presse locale, je dois avouer que je ne m'attendais pas à cette accélération du temps. Et si j'en crois les réactions des uns et des autres, je ne suis de toute évidence pas le seul !

Jean-Philipe Magnen est revenu tout à l'heure sur les mesures nécessaires à une réforme territoriale réussie, comme le renforcement de l'autonomie fiscale, ou les compétences prescriptives d'aménagement du territoire et nous sommes tous d'accord sur le fait que cette réforme ne doit pas être réduite à la seule question du redécoupage, je n'y reviendrai pas.

Je suis pleinement en accord avec vous, monsieur le président ! Ce débat est important, il est porteur, comme vous l'avez dit, d'efficacité de l'action publique et d'enjeux démocratiques. Il nécessite donc écoute et ouverture, et ne peut être précédé de déclarations de fermeture, de slogans à l'emporte-pièce, voire de mots malheureux. Il mérite bien mieux !

Si un découpage administratif ne fait pas à lui seul le bonheur des habitants d'un territoire, il n'est pas sans conséquences sur un « vivre ensemble » qui se nourrit d'imaginaires, d'échanges économiques et culturels et de rencontres souvent facilités dans ce cadre administratif, ne serait-ce que par le biais des infrastructures de transport et de communication. C'est donc un débat sérieux, qui nous engage, et engage même au-delà de notre propre territoire sur le devenir des régions administratives environnantes, c'est un point très important. Attention aux débats par trop auto-centrés, voire aux patriotismes d'organisation.

Je soulignerai juste en exemple quelques points qui devront être traités au fond dans le débat qui s'engage.

Une première constatation, la plus simple, est de souligner qu'une partie des forces économiques, politiques et universitaires de la région administrative a déjà posé un acte de redécoupage avec son engagement dans le cadre du pôle métropolitain Loire-Bretagne, Nantes – Saint-Nazaire – Rennes – Brest – Angers, qui dessine un espace de coopération tangible, différent des frontières administratives et prenant acte du rôle des grands pôles urbains dans le développement économique et tout particulièrement universitaire. C'est aujourd'hui un fait incontournable de ce débat et nous pouvons saluer ici l'action très volontariste de Jean-Marc Ayrault, d'avoir su dépasser l'antagonisme historique, atavique entre Nantes et Rennes, pour créer une dynamique qui ébauche le nouveau territoire administratif. Pour reprendre vos mots monsieur le président, l'action commune Nantes – Rennes est aujourd'hui une réalité quotidienne.

Ce débat n'est donc pas tourné vers le passé, et nous ne devons pas avoir peur d'un avenir commun à nos territoires. L'Etat s'est engagé à aller vite, a remis de la cohérence dans le calendrier électoral, et il a raison, dans notre pays, perclus de conservatisme, nous avons pris l'habitude d'investir notre énergie plus dans le fait de bloquer les réformes que de les investir.

A comprendre la volonté de l'Etat, à entendre les acteurs de la société civile, à travers le président du CESER, je crois comprendre que finalement, le débat est assez simple : fusion Bretagne – Pays de la Loire, qui a ses partisans, restructuration autour de deux régions, Bretagne Ouest et Val de Loire, telle que le propose la plupart des cartes qui circulent, après aussi les travaux de différentes commissions, dont celle présidée par Edouard Balladur.

Et bien que voilà un beau débat ! Passionnant, intellectuellement excitant, que nous pouvons engager avec enthousiasme et gourmandise. Nous n'avons pas le temps de l'approfondir ce matin, mais nous en avons le temps avant 2015 et il ne doit donc pas y avoir de préalable.

Quel est le projet commun de ce territoire ? Voilà la question clef ! Nous aurons par exemple demain une nouvelle grande région maritime avec une majorité de départements de bord de mer, c'est une chance tant les énergies marines, le tourisme ou le transport maritime sont toutes des activités en fort développement, créatrices d'emplois, et nécessitant un soutien régional résolu. La mer sera donc un des grands marqueurs de cette nouvelle entité administrative, là où la région actuelle était – y compris dans son nom – plus terrienne et fluviale. Ce changement de paradigme est-il partagé par tous ? Cela mérite d'être vérifié au-delà de cet hémicycle.

Dans ce débat, la question touristique est d'ailleurs importante. Une région a tendance à incarner une offre touristique principale, l'expérience actuelle des Pays de la Loire le montre d'ailleurs à travers la difficulté à faire vivre la dimension touristique bretonne en Loire-Atlantique, pourtant culturellement évidente et économiquement porteuse.

Pouvons-nous faire vivre demain, dans la même région administrative, deux marques touristiques fortes, Val de Loire et Bretagne ? Voilà aussi un vrai débat à approfondir!

Les régions que nous allons dessiner devront aussi accompagner un développement plus endogène, moins soumis à la mondialisation, et faire de la solidarité entre les territoires qui la composent, un axe fondamental de leur action. Une région plus forte, c'est la garantie d'un aménagement du territoire plus volontariste, la future loi dira – nous le défendrons – la nécessité d'accompagner par des outils régionaux de planification prescriptifs, le développement et la coopération entre grandes villes. Je suis ainsi convaincu que si les nouveaux réseaux entre grandes villes ne sont pas chapeautés par une région forte, alors, il n'y aura pas d'aménagement équilibré possible du territoire, au bénéfice des petites villes et des territoires ruraux. Ce point est capital, et ce serait un incroyable non-sens de découpler demain région administrative et réseaux de coopération urbaine dynamique.

Monsieur le président, mesdames, messieurs, le débat qui s'engage aujourd'hui est évidemment important pour le devenir de nos territoires, mais il dira bien plus ! Il dira aussi notre capacité collective à nous projeter vers l'avenir, à ne pas regarder que le passé, proche ou lointain, même si celui-ci est toujours porteur de liens et d'histoires communes, ce que nul n'ignore.

La question n'est donc pas de respecter religieusement les frontières de la Bretagne historique de 1532, ou de la région administrative des Pays de la Loire de 1956, ce serait prendre le débat par le petit bout de la lorgnette ; la question est celle d'un territoire d'avenir, avec un projet commun entre ses habitants, un territoire ouvert aux autres car conscient de lui-même, où les habitants aiment se rencontrer, créent ensemble, sont solidaires. Ce nouveau territoire ne se dessinera pas sans un débat approfondi, bien au-delà des représentants habituels des instances régionales, il devra porter à la réflexion des citoyens différents scénarios, leur permettant de se prononcer à des échelles pertinentes, départements, agglomérations ou pays, et il ne devra être confisqué par aucune pétition de principe.

Monsieur le président, vous avez raison d'ouvrir aujourd'hui ce débat, je n'ose penser que nous pourrions le clore avant qu'il n'ait éclos, nourri des contributions de tous. Je n'ose donc imaginer que cet hémicycle pourrait apparaitre comme une citadelle assiégée, craintive de l'évolution du monde.

Monsieur le président, vous pouvez compter sur mon engagement et celui de tous les parlementaires écologistes, pour participer à un débat réellement à la hauteur des enjeux.