Ronan Dantec était chef de file sur ce texte déposé par Esther Benbassa et les membres du groupe écologiste. Par cette résolution adoptée à l'unanimité des suffrages exprimés, le Sénat invite le gouvernement français à jouer un rôle moteur et pionnier en matière de prévention des risques ou de protection des déplacés environnementaux.

Le nombre de déplacés environnementaux pourrait s'élever à 250 millions en 2050. Pour les écologistes, souci environnemental et solidarité humaine sont indissociables. C’est pour cette raison qu’ils portent depuis longtemps, avec constance et détermination, la cause des déplacés environnementaux. A la veille de la COP21 à Paris, et alors que le dérèglement climatique risque d'augmenter le nombre de déplacés environnementaux, cette résolution initiée par les écologistes, permettra d'interpeller les dirigeants de ce monde sur ce sujet jusqu'alors insuffisamment traité.

Intervention de Ronan Dantec:

Lorsqu’on parle des déplacés environnementaux - le chiffre de 25 millions de personnes circule – on pense d’abord aux victimes de la montée des eaux ou d’actes climatiques. Pourtant, c’est l’exode rural dû à la sécheresse qui fait le plus grand nombre de victimes. Le cas de la Syrie, où les épisodes de sécheresse se sont succédé au début des années 2000, montre à quel point le changement climatique peut déstabiliser une société. Et pourtant, notre monde ne s’est encore réchauffé que d’un degré. Le GIEC nous annonce une augmentation de quatre à cinq degrés d’ici 2100 si nous continuons le laisser-faire... Si cette hypothèse se vérifie, aucune société ne pourra accueillir les centaines de milliers de déplacés jetés sur les routes. La priorité est donc de stabiliser le climat : 2 degrés ou, pourquoi pas, 1,5. Alors, le niveau de la mer ne monterait pas.

Un statut pour les déplacés a vu jour dans le cadre d’un climat maitrisé. Notre résolution interpellera les chefs d’État à la veille de la COP21.

Grâce à l’initiative Nansen, 110 États ont adopté un agenda pour les personnes déplacées qui franchissent une frontière. C’est moins que la totalité des États. Du moins, un mouvement est-il lancé. Preuve que la protection de l’environnement passe aussi par des initiatives bottom up !

M. Jacques Mézard. – Mme Benbassa pose un vrai problème. Le rapport à la nature en varie selon les époques et les lieux. Dans la Grande Vague de Kanagawa, l’estampe d’Hokuzaï, d’aucuns voient un tsunami, d’autres la haute mer sous les traits en bleu de Prusse. Du réchauffement climatique, de la montée du niveau des mers et de la multiplication des événements climatiques extrêmes, résulteront certainement des vagues de migrations de populations qui en sont victimes. Ces dernières seront d'abord originaires des pays les plus vulnérables et les moins développés. Mais le lien entre ces déplacements et évolution du climat n'est pas toujours si évident. Il faut aussi tenir compte de toutes les personnes qui fuient de manière générale des « ruptures environnementales ». Environ 250 millions de personnes sont concernées.

L’anticipation est donc indispensable. Les déplacements environnementaux sont majoritairement internes aux États, pour l’instant. Pour autant, la communauté internationale, surtout les États les plus pollueurs, ne doit pas se désintéresser de la situation. Quid si l’intégrité territoriale d’un État est menacée ? Que deviennent ceux qui sont contraints de rester sur place ? Cette proposition de résolution ne peut que nous rassembler, même si elle ne propose guère de solutions concrètes, sans doute par prudence. Faut-il un cadre contraignant ? Une politique volontariste de lutte contre le réchauffement climatique ne dispense pas de protéger ses premières victimes. Mme Keller et M. Collin dans leur rapport d’information se sont penchés sur l’épineux problème de financements climatiques. Les pays industrialisés, frappés par la crise des finances publiques, peinent à alimenter le Fonds vert qui doit atteindre un montant de 100 milliards d’euros en 2020. Aucun membre de notre groupe ne s’oppose à l’adoption de ce texte.