Au  nom du groupe écologiste et en présence du ministre Eric Besson, Ronan Dantec est intervenu dans le débat relatif à la proposition de résolution de Jean-Claude Gaudin et du groupe UMP sur la filière industrielle nucléaire française. Cette résolution a été adoptée malgré le vote contre des 3 groupes écologiste, PS et PC.

Ci-après l'intervention de Ronan Dantec

Madame la Présidente,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Sénateur Biset,
Mes chers collègues,

Sur l’exposé des motifs de cette proposition de résolution, nous sommes  pleinement d’accord, soulignons-le, avec le sénateur Gaudin sur le constat : nous vivons bien la remise en cause de ce consensus imposé qui a fait du nucléaire, pendant un demi-siècle la frontière indépassable de la politique énergétique française. Je vous avoue, d’ailleurs, ne pas bouder mon plaisir, en intervenant dans ce débat, quand on a commencé sa vie militante du côté de Plogoff et des CRS de l’Etat giscardien. La gauche rassemblée avait alors gagné le combat, et de Plogoff au Carnet, nous avons repoussé touts les projets de centrale nucléaire en Bretagne.

Oui ! Messieurs les sénateurs, je vous le confirme « on parle même pour la France de sortir de la filière du nucléaire ». La France s’apprête effectivement à tourner la page du tout nucléaire et le lobby pro-nucléaire fait feu de tout bois et gaspille beaucoup d’énergie pour s’opposer à l’inéluctable.

Cette nuit, c’est peut-être l’Allemagne, qui a porté le coup symbolique le plus sévère au mythe de l’indépendance nucléaire de la France. Pour réchauffer notre pays, on a acheté de l’électricité allemande, prise dans ce qu’on appelle la réserve froide. L’urgence française, et aussi le prix de vente du mégawatt fort attractif actuellement, font donc que les Allemands viennent à notre secours. Si j’étais capable de malice, j’émettrais même l’idée que cette électricité vendue au prix fort va fournir quelques euros supplémentaires aux Allemands pour financer leur transition énergétique, et préparer donc le futur système énergétique européen, qui sera adossé au modèle allemand : c’est-à-dire toujours plus d’énergies renouvelables avec une gestion très fine des réseaux reposant sur les nouvelles technologies de l’information, de moins en moins de gaz et de charbon (moins 2% déjà l’année dernière), et évidemment plus du tout du nucléaire.
Nous avons dépensé mardi 38 millions d’euros pour acheter. On a aussi aidé le développement de l’éolien espagnol qui vient à notre secours à hauteur de 1000 mégawatts par jour. Merci l’Allemagne, merci l’Espagne, merci l’Europe.

Il n’y a d’ailleurs que dans une France terrorisée par la montée en puissance de ce nouveau modèle énergétique qu’on croit encore à la réouverture en Allemagne d’un débat sur cette question du nucléaire. Il n’a pourtant plus grand sens. Les industriels et les banquiers allemands ont fait leurs comptes, il n’y a plus aucune perspective économique pour le nucléaire. Siemens s’est désengagé d’Areva, le fleuron industriel du nucléaire français aux déficits abyssaux, et priorise l’investissement vers des technologies d’avenir.

Nul ne conteste d’ailleurs aujourd’hui en France que le pragmatisme industriel allemand et généralement synonyme de réussite et retour sur investissement. On n’a donc pas relancé de centrale cette nuit en Allemagne, on agit simplement comme prévu dans la fermeture progressive du parc nucléaire, y compris en étant prêt à aider les cigales françaises, chantres lyriques d’un tout-nucléaire de conte de fée ; pendant ce temps les fourmis allemandes plantent des éoliennes en mer, réhabilitent et isolent les bâtiments. A niveau de vie égal, la consommation domestique allemande est aujourd’hui 30% plus faible : l’efficacité énergétique est une culture. La culture française aura été plutôt ici celle du chauffage électrique, aberration économique et écologique dont on mesure aujourd’hui le désastre, y compris en termes d’impasses d’énergies, grevant de plus en plus les budgets de l’action sociale. C’était une des questions d’actualité tout à l’heure. Il y a un lien fort entre précarité énergétique et le chauffage électrique.

Donc oui, il faut sortir du piège nucléaire, avant un krach industriel, qui nous ramènera aux heures sombres de la fin de la sidérurgie, non modernisée pendant qu’il était encore temps, faut-il le rappeler, notamment parce que la capacité d’investissement industriel français était massivement engloutie dans le nucléaire. L’emploi industriel allemand du renouvelable est aujourd’hui supérieur à l’emploi généré par le nucléaire civil français, et les chiffres convergent pour dire que e sont des centaines de milliers de créations d’emplois qui sont promis à la France si elle change de logique. Soyons enfin raisonnable.

Malgré ce constat implacable, la France UMP, comme au temps de l’UDF des années 1970, s’entête dans le nucléaire. Nicolas Sarkozy, ce matin à Fessenheim, tel le Giscard des années Plogoff, autre expert en politicaille perdante, s’entête dans le déni de réalité. Oui, nous allons sortir du nucléaire, comme tous les autres grands pays européens qui nous  entourent et l’ont déjà annoncé, ce n’est qu’une question de temps.

Monsieur Gaudin, arrêtez d’avoir peur de l’avenir et regardez lucidement les chiffres. Nous en avons en Europe un formidable potentiel de création d’emplois et la perspective d’une nouvelle indépendance énergétique fondée sur les énergies renouvelables.  Saisissons notre chance et fermons, avant la catastrophe, la parenthèse d’un programme électro-nucléaire hasardeux, qui fragilise nos emplois et notre industrie, et fait toujours peser une inacceptable épée de Damoclès sur les générations futures de notre pays.