La délibération qui vous est proposée aujourd’hui concernant l’adhésion à la charte « Ya d'ar brezhoneg» a une portée symbolique forte, et les élus EELV de ce conseil soutiendront évidemment cette délibération.

Je tiens tout d’abord à souligner la cohérence de ce vote, en lien avec d’autres engagements que nous avons déjà pris, par exemple dans le cadre de l’Agenda 21 de la culture, élaboré à Barcelone en 2006, texte de référence sur les enjeux de la préservation de la diversité culturelle pour la cohésion sociale de nos sociétés. La ville de Nantes s’était beaucoup inspirée de ce texte pour l’animation de son atelier sur le « vivre ensemble » dans le cadre des ateliers nantais du développement durable, et cet axe culture doit rester un axe important de notre propre Agenda 21 (et je sais que Jean-Louis Jossic y est attaché), la culture étant à côté du social, de l’économie et de l’environnement, le 4ème pilier incontournable du développement durable, nous en reparlerons à Rio en juin 2012.

Cités et Gouvernements Locaux Unis, CGLU, l’organisation mondiale des autorités locales, réseau dans lequel la ville de Nantes s’investit beaucoup s’est beaucoup investie dans le suivi de ce texte, j’ai eu moi-même à présenter au nom de cette commission et devant le bureau exécutif de CGLU, la stratégie de mobilisation autour de ce texte.

Il me semblait, chers collègues, intéressant ce matin de placer cette délibération dans un contexte global, pour éviter de se limiter à un débat Nantes–bretons dont je peux aussi par ailleurs, je vous l’avoue, être assez friand.

Avec cette délibération, la Ville de Nantes participe donc, à son échelle, à cette diversité du monde aujourd’hui menacée, le linguiste Claude Hagège l’évoquait encore il y a quelques semaines dans de nombreux entretiens. Je voulais vous faire ici partager ma conviction très profonde : si nous ne fondons pas notre vivre ensemble sur la reconnaissance et l’accompagnement par l’action publique de la diversité culturelle, alors nous ne construirons pas de citoyenneté commune, c’est vrai au niveau local comme au niveau mondial, les citoyennetés locale, nationale, européenne, mondiale, devant, comme les identités, se compléter et non s’exclure. Nous ne construirons jamais un « vivre ensemble » avec des groupes humains qui se sentiraient exclus et non reconnus dans leur part d’originalité. Le mépris de l’autre est un poison très pernicieux, et ce sont clairement les mêmes mécanismes d’exclusion qui peuvent être à l’œuvre vis-à-vis de cultures dites régionales comme de cultures immigrées. Signer cette charte, c’est donc bien s’adresser à toutes les diversités qui se rencontrent dans l’espace public de notre ville, conforter donc le vivre-ensemble, éviter des communautarismes qui eux se nourrissent du sentiment d’exclusion.

Ceci étant dit,  je ne peux ici, sinon je serai trop long, développer le fond de la résolution elle-même, si ce n’est pour rappeler l’importance de l’action 25, sur le soutien au développement de l’enseignement bilingue, et notamment dans le public.

Dans un de ces derniers ouvrages, « La colline des solitudes », Pierre-Jakez Helias, assez pessimiste sur l’avenir de la langue bretonne, maltraitée par l’Etat durant tout le XXème siècle notamment du fait de son interdiction d’enseignement, voyait survivre au XXIème siècle quelques ilots de neo-bretonnants, neo-ruraux dans quelques hameaux du centre-Bretagne. Il avait totalement tort, c’est en ville, dans les grandes villes, que la langue bretonne a retrouvé un nouveau souffle, avec des chiffres importants : à Vannes : 574 élèves en filière bilingue, soit 7,34 % des élèves.
A Nantes, nous notons aussi une progression constante des élèves. Je veux ainsi souligner notre volontarisme dans le développement d’une filière publique, avec une très belle expérience aux Marsauderies, en nombre d’élèves comme en échange avec les autres équipes pédagogiques. Je tiens aussi à souligner, en tant que représentant de la ville au conseil d’école, l’engagement de Jean-Marc Ayrault pour l’ouverture d’une deuxième filière bilingue aux Batignolles, avec derrière l’objectif du passage en collège aux Batignolles, et le renforcement de ce collège de quartier, à Port-Boyer. L’occasion de dire que contrairement à une rumeur assez répandue, choisir le Breton ce n’est pas s’exonérer de la carte scolaire, mais au contraire conforter la mixité sociale à l’école.

Longtemps rurale, langue et culture bretonnes sont devenues urbaines, se sont adaptées justement à un monde urbain en réseau, où il est possible de vivre et d’assumer sa part de choix d’originalité personnelle et culturelle, dans un constant dialogue avec d’autres, dans une rencontre et un métissage permanent, d’où d’ailleurs l’enjeu, dans notre propre action publique, de l’organisation de la rencontre, dans l’espace public comme dans  l’organisation des temps de la ville.

C’était d’ailleurs le sens du texte co-écrit par l’ensemble des acteurs de ce territoire, Associations culturelles immigrées ou bretonnes, conseil des jeunes et ORPAN, dans le cadre de l’atelier nantais du développement durable sur l’agenda 21 de la culture. Je vois que ce texte qui date du mandat précédent, fait parfaitement écho à l’intervention de Johanna Rolland lors du débat budgétaire et je me ferai donc un plaisir de lui faire parvenir.