Présent sur le site de Notre-Dame-des-Landes aux côtés des occupants évacués par les forces de l'ordre vendredi matin, le sénateur d'EE-LV Ronan Dantec appelle le gouvernement à stopper la surenchère. Et reprendre la concertation sur le projet d'aéroport. Par CHRISTIAN LOSSON

DSC00124Notre-Dame-des-Landes : «Cette opération réduit les possibilités de dialogue» 23 novembre 2012 à 15:32

Présent aujourd'hui sur le projet de site de l'aéroport du grand-ouest pour soutenir les occupants, le sénateur EE-LV Ronan Dantec est vice-président de la commission du développement durable, des infrastructures, de l'équipement et de l'aménagement du territoire au Sénat. Détracteur du projet de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), il connaît très bien le dossier: il a été de 2001 à 2011, adjoint à l'environnement du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, premier défenseur de NDDL, lorsqu'il était maire de Nantes... Entretien.

La nouvelle évacuation ce matin par les forces de l'ordre, plus d'un mois après la première intervention musclée, vous surprend-elle?

Oui, et c'est extrêmement décevant. On pensait que le gouvernement apporterait une autre réponse à la mobilisation, samedi 17 novembre, de 40 000 personnes qui ont pour la plupart voté à gauche. Cette opération policière massive réduit les possibilités de dialogue et ne va pas dans le bon sens. Tout le monde a montré sa détermination sur le sujet. Les opposants en étant jamais aussi nombreux; les promoteurs du projet et les forces de l'ordre. Un partout, balle au centre. Discutons maintenant, non? On sait désormais que les travaux, s'ils se font, ne pourront débuter au mieux pas avant 2014. Veut-on maintenir sur le site plus de 500 CRS pendant plus un an, avec un cycle de démontage et de réoccupation dans la foulée, plus d'un an de polarisation entre gendarmes et manifestants? Ce n'est pas raisonnable politiquement.


Manuel Valls, ministre de l'intérieur, parle au sujet des occupants du site, d'un «kyste» qu'il serait «hors de question de laisser s'installer»...

Ce genre de surenchère ne mène qu'à l'impasse. Je ne comprends pas qu'on fragilise la gauche avec un projet si secondaire et autant bloqué... Et puis, pourquoi créer un clivage entre la gauche socialiste et la gauche environnementaliste?

Que préconisez-vous?

De reposer les vrais bases d'une réelle concertation. Avec la nomination d'un médiateur, comme l'Allemagne l'a fait l'an passé pour son projet 21: la gare sous-terraine de Stuttgart. Pourquoi avoir peur du débat public? Les promoteurs de la gare de Stuttgart ont finalement obtenu gain de cause en novembre 2011. Il faut remettre le projet à plat: même des parlementaires socialistes s'interrogent désormais en privé sur l'utilité d'une telle infrastructure...

Le gouvernement assure que la concertation a été large, et que la phase du débat public est terminée.

Le débat public de 2003 est daté car les arguments alors opposés ne tiennent plus. Un seul exemple: on prédisait alors une saturation majeure de l'aéroport actuel de Nantes. Or, on a, crise aidant, le même trafic en vol qu'en 2000...

N'y-a-t-il aucun argument en faveur de l'aéroport de NDDL qui trouve grâce à vos yeux?

Non, plus aujourd'hui. On est face à un simple projet de transfert d'aéroport entre l'aéroport actuel de Nantes et celui de Notre-Dame-des-Landes. Le bruit? En 2003, lorsque la concertation a eu lieu, Ayrault avait un argument rationnel. Le plan d'exposition au bruit avait été calculé sur la base de 110 000 rotations d'avions. Or, on en est à 45 000, avec, qui plus est, des avions désormais moins bruyants. Le fait d'avoir besoin d'une piste de plus pour éviter «la saturation»? Mais l'aéroport actuel plafonne à 3,5 millions de passagers alors que beaucoup d'aéroports avec une seule piste accueillent jusqu'à 9 millions de passagers. Quant à l'argument du dégel de territoire autour de Nantes pour permettre le développement de la ville, cela ne tient pas non plus. On est en fin de cycle de ces politiques d'urbanisme qui ne mise que sur les infrastructures au nom de l'attractivité des grandes métropoles...

Votre action de réoccupation et de désobéissance vendredi 16 novembre a été perçue comme un point de non-retour par certains cadres du PS. Et de plus en plus de parlementaires écologistes s'interrogent sur la rationnalité, pour EE-LV, de rester au gouvernement...

En politique, il n'y a jamais de point de non-retour. Le problème de la démocratie française actuelle, c'est qu'elle pense que faire un pas de côté, accepter de rouvrir un débat majeur n'apporte aucun gain politique. Or, c'est être moderne que de l'accepter. Jean-Marc Ayrault doit le comprendre. Il doit aussi comprendre que s'il est capable de reculer sur des dossiers sur la pression de la droite et qu'il n'entend pas des manifestations de gauche, un gros problème se pose.