Entretien de Ronan Dantec sur la mobilisation pour le climat : "les gouvernements retardent toujours l'action alors que leurs opinions sont prêtes à l'effort".

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Réchauffement climatique : «François Hollande sera-t-il à la hauteur de l'Histoire ?»

Le message des experts du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), qui ont publié dimanche une nouvelle étude sur le réchauffement climatique, est clair : il faut agir vite pour réduire les émissions de CO2, alors que les impacts du réchauffement se font de plus en plus sentir. La communauté internationale s'est fixée comme objectif de maintenir la hausse globale des températures sous le seuil de 2°C. Pour cela les émissions de gaz effet de serre doivent être réduites de 40 à 70% entre 2010 et 2050. Une action possible sans compromettre la croissance, affirment les experts.

Selon le sénateur Europe Ecologie-Les Verts de Loire-Atlantique, Ronan Dantec, « les gouvernements retardent toujours l'action alors que leurs opinions sont prêtes à l'effort ». Le vice-président de la commission du développement durable du Sénat reconnaît cependant que François Hollande est « mobilisé » en vue de la conférence climat qui aura lieu à Paris en 2015. Il souligne le rôle que peuvent jouer les collectivités et entend lutter contre le « climato-fatalisme ». Entretien.

Le cinquième rapport du Giec appelle de nouveau à agir vite pour lutter contre le réchauffement. Peut-on faire bouger les choses ou l'inertie est-elle trop forte ?
Je pense qu'aujourd'hui on a des politiques qui sont en retard sur les opinions publiques. Tout le monde est conscient de l'extrême gravité de la situation. On a sur la table un changement climatique qui est comparable à ce qu'on a connu entre la dernière glaciation et aujourd'hui. C'est quelque chose d'une brutalité telle que nos sociétés ne pourront s'adapter sans désordres sociaux. Les crises alimentaires vont être terribles. Je crois que tout le monde en est conscient mais les gouvernements retardent toujours l'action alors que leurs opinions sont prêtes à l'effort. Je continue d'espérer qu'à un moment dans nos démocraties on puisse bouger par le vote des électeurs et la prise de conscience. Je crois qu'on n'a pas que des raisons de se lamenter. Il y a une dynamique intéressante, notamment sur les énergies renouvelables.

Pourquoi cette thématique n'est pas politiquement payante et n'est pas en tête des préoccupations des politiques ?
C'est la vraie question. Je pense que les écologistes sont encore vus comme une force de contestataires un peu a la marge. Les électeurs ont le sentiment d'avoir à choisir entre des gens qui gèrent sans vision et des gens qui ont raison sur le fond mais qui sont toujours dans la contestation donc à qui on a du mal à donner les clefs de la gestion des affaires publiques. Il faut montrer qu'il y a une manière gestionnaire de s'occuper de la crise climatique.

Je ne crois pas que les citoyens ne raisonnent que sur le temps court, que sur eux-mêmes. Tout le monde comprend que c'est l'avenir de nos enfants qui est en jeu. Mais il faut faire des efforts de pédagogie, expliquer les avantages secondaires, qu'il y a moins de pollution de l'air, que cela permet des créations d'emploi. On a encore un vrai problème pour raconter l'histoire.

Quelles peuvent être les conséquences concrètes du réchauffement climatique ?
Les exemples les plus évidents sont dans la recrudescence des crises liées aux pluies diluviennes qui sont des éléments du réchauffement climatique. On a eu beaucoup d'exemples récemment, et ça coute cher à la société française. Il y a d'autres éléments comme la baisse de la productivité céréalière dans la durée. Ou pour le vin, le réchauffement pose des problèmes techniques, avec des vins qui deviennent de plus en plus alcoolisés. Il y a aussi la monté des eaux peu à peu, qui veut dire que des zones littorales seront inconstructibles demain. Ça fera beaucoup de modifications. Et le changement climatique se traduira par des guerres aussi : guerre de l'eau, alimentaire, civile... C'est souvent par la faim que se déclenchent les crises.

La conférence sur le climat se tiendra à Paris en 2015. Se dirige-t-on vers un accord international contraignant ?
Honnêtement, la question n'est pas tant de savoir si on a un accord plus ou moins contraignant, qui restera théorique car il n'y a de police pour forcer les Etats, que la crédibilité du scénario. En temps que porte parole du réseau mondial de collectivités Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), j'ai déposé à New York, à l'ONU, un texte signé par des syndicats, des réseaux de villes, des acteurs de la société civile mondiale pour dire « on est prêt à faire l'effort ». Il faut voir à quoi correspond un accord qui permet de démultiplier l'action. Le climato-scepticisme n'existe quasiment plus mais il est un peu remplacé par le climato-fatalisme. Il faut lutter contre ça, montrer que chacun prend sa part à son niveau.

Les collectivités locales peuvent-elles faire quelque chose pour lutter contre le réchauffement climatique ?
A New York, on a présenté le Compact of mayors, dont l'idée est d'agréger à l'échelle mondiale la totalité de nos engagements à l'échelle locale. Par exemple, le plan climat de Nantes métropole, c'est un objectif de moins 50% d'émission en 2030. C'est possible d'agir sur le territoire, on connaît les réponses énergétiques et en terme de transports publics.

Faites-vous confiance à François Hollande pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Je note que la France est toujours mobilisée, qu'il est au Canada pour en parler avec eux alors qu'ils sont un obstacle pour un accord. Je vois que Laurent Fabius est mobilisé aussi. François Hollande a un intérêt immédiat et de long terme à trouver un accord ambitieux. Je crois qu'aujourd'hui la France ne ménage pas ses efforts. Mais ce sera compliqué.

La perspective d'un accord ne dépend pas que de François Hollande, mais si un accord était trouvé lors de la conférence climat à Paris, pensez-vous que cela pourrait redorer son quinquennat ?
Dans un quinquennat où il est en difficulté, réussir et incarner un accord ambitieux ne pourra que lui être bénéfique. Mais ce n'est pas ça l'enjeu. C'est plutôt de répondre à une crise et François Hollande en a conscience. Mais en cas d'accord, ça me semble être un élément de nature à changer le bilan de son quinquennat.

Ne craigniez-vous que la volonté de François Hollande se limite à un discours ?
Le fait que Paris organise la conférence n'était pas dans l'accord passé avant 2012 entre les EELV et le PS. C'est très ambitieux. Ça va dans le sens d'une reprise du dialogue avec les écologistes, même si on est dans un moment extrêmement compliqué où on attend des réponses sur la crise du barrage de Sivens. La question est de savoir si François Hollande sera à la hauteur de l'histoire. C'est de savoir si l'accord de Paris engendre une dynamique forte d'action. Sinon, ça se traduira par des centaines de milliers de morts au XXIe siècle. Il a cette part de responsabilité, mais il n'est pas le seul.