Interview de Ronan Dantec ce jour dans le JDD dans laquelle il réaffirme que si l'horizon 2025 n'est pas maintenu pour réduire à 50% la part du nucléaire, les écologistes voteront contre ce texte.

Centrales nucléaires : "La droite essaie de retarder les échéances"

Anne-Charlotte Dusseaulx - leJDD.fr

INTERVIEW - Vice-président de la Commission du Développement durable au Sénat, l'écologiste Ronan Dantec, revient pour leJDD.fr sur les amendements votés par la droite sur la transition énergétique, alors que le texte arrive mardi en séance publique. En l'état, les sénateurs écologistes ne voteront pas le texte et compte sur leurs collègues de l'Assemblée nationale pour revenir au projet de loi initial.

En commission, plusieurs amendements pro-nucléaires ont été votés par l'UMP dans l'examen du projet de loi sur la transition énergétique. L'échéance de 2025 pour arriver à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité a par exemple été ajournée. Comment réagissez-vous?

La fin de vie des centrales est aujourd'hui un tabou pour la droite. C'est un sujet qu'ils n'arrivent pas à affronter. Ils essaient de retarder les échéances, c'est un peu de l'acharnement thérapeutique. L'échéance de 2025 ne vient pas de rien, mais de la pyramide des âges des centrales nucléaires françaises. C'est vers le milieu des années 2020 qu'il faut décider de la prolongation ou de l'arrêt des centrales. On voit bien que l'UMP n'est pas capable d'en parler. Nous sommes pourtant en situation de surproduction électrique en Europe, et le renouvelable a un développement que l'on peut pratiquement qualifier d'inéluctable, car il est moins cher que le nucléaire. Malgré tout, ils ne veulent pas en parler. C'est leur responsabilité d'éviter finalement que le Parlement se coltine les vraies questions.

"Il faut se poser collectivement la question de la restructuration de la filière du nucléaire"

Comment vous expliquer que cela soit un tabou pour l'UMP?

Il y a un certain nombre de gens à l'UMP qui sont encore un peu dans le rêve gaulliste d'une machine magnifique et totalement française qui s'imposera au monde. Cela n'existe plus. Les derniers rapports montrent qu'on aura assez vite - à l'échéance de moins de dix ans selon moi - un mégawattheure(MWh) d'origine photovoltaïque de moins de 40 euros, là où pour imposer les centrales EPR en Angleterre on est plutôt sur un prix garanti autour de 120 euros le MWh pendant 45 ans pour le nucléaire. Un enfant de 6e comprend très vite que ce n'est pas concurrentiel. Il faut se poser collectivement la question de la restructuration de la filière du nucléaire. Essayer de voir comment cette filière peut muter, comment la France peut réinvestir dans les énergies renouvelables pour garder ses leaders mondiaux dans le domaine énergétique... Au lieu de ça, on est face à un ultra-conservatisme avec des lobbys très forts. C'est vraiment une lutte pour retarder les échéances.

La droite veut également remonter le plafond dela capacité de production du nucléaire à 64,85 GW contre 63,2 GW dans le texte initial du projet de loi. Ce qui remettrait en cause la fermeture de deux réacteurs à l'ouverture de l'EPR de Flamanville...

Ce sont des combats d'arrière-garde. On ne peut pas ne pas arrêter de centrales. Si on regarde attentivement les choses : Areva vient de perdre des contrats en Angleterre sur du démantèlement. Les Allemands, sans remettre en cause la fermeture de leurs centrales, sont en train de dire qu'ils ont des problèmes sur le démantèlement. Si on était rationnel, on positionnerait aujourd'hui Areva sur le démantèlement en en faisant le leader mondial. Sauf que cela souligne le fait que l'on doit sortir du nucléaire et il y a un déni de réalité de la part de l'UMP, voire d'un certain nombre de socialistes et de communistes. Finalement, on affaiblit l'industrie française en refusant de la positionner sur le seul créneau d'avenir du nucléaire qui est le démantèlement.

"Le nucléaire n'est pas l'avenir du monde"

Pour le socialiste Jean-Paul Chanteguet, président de la Commission du Développement durable au Sénat, ce nouveau texte "se révèle inacceptable". Pour vous également?

Bien sûr. Sur la dimension politique, il est clair que tout le monde a compris que si François Hollande veut être au second tour de la présidentielle (en 2017, Ndlr), il doit recréer une dynamique à gauche avec les écologistes. Le grand engagement de campagne de François Hollande et le socle de l'accord avec les écologistes en 2011 était justement la réduction de la part du nucléaire. Pour nous, il serait absolument inconcevable et ce serait une erreur politique de le remettre en cause à ce stade. Je reste confiant dans le fait que le gouvernement et l'Assemblée nationale remettent les seuils que le Sénat ce sera fait plaisir à enlever. Maintenant je pense que l'histoire est en train de donner raison aux écologistes. Le nucléaire n'est pas l'avenir du monde. Tout le monde le sait, à part encore une minorité malheureusement majoritaire au Sénat.

En l'état, les écologistes voteront contre ce texte au Sénat?

On ne votera pas un texte qui enlève la référence à l'horizon 2025 et la baisse du nucléaire, qui est inéluctable. Je ne pense pas qu'on trouvera une majorité au Sénat pour remettre cette échéance. Mais l'important ait que l'Assemblée nationale restaure le seuil de 50% en 2025, qui est le seuil raisonnable pour l'avenir économique de la France. Il y a encore un mythe français de l'indépendance énergétique par le nucléaire qui est le discours gaulliste des années 1960. Cela fait soixante ans, il serait maintenant temps de vivre avec son temps.