‪#‎climat‬ : interview de Ronan Dantec dans les Echos sur la mobilisation des territoires dans la lutte contre le changement climatique.

Article de Marion Heilmann ici

Ronan Dantec Sénateur de Loire-Atlantique et porte-parole climat de l'organisation mondiale des villes Cités et Gouvernements locaux unis (CGLU)

Quel est le rôle des collectivités territoriales dans les négociations sur le climat ?

Nous ne sommes pas un acteur à part entière car ce sont des négociations entre Etats. Néanmoins notre rôle est aujourd'hui bien plus reconnu qu'il ne l'était il y a encore six ou sept ans. En effet, il apparaît assez clairement que, sans la mobilisation de ceux qui agissent concrètement, nous n'atteindrons pas les objectifs. Car, à l'échelle mondiale, les émissions de gaz à effet de serre ne sont jamais que l'addition des émissions des territoires. Si les territoires ne font pas le travail, aucun Etat n'atteindra ses engagements. Notre rôle principal, c'est de crédibiliser le fait que nous pouvons encore stabiliser le climat en limitant le réchauffement à 2 °C. Certaines villes comme Copenhague ou Vancouver s'engagent à être neutres en carbone dès les années 2025-2035. Même les villes françaises comme Nantes ou Grenoble ont aujourd'hui un objectif crédible de réduction de leurs émissions en 2020 aux alentours de - 30 %. Et nous allons prendre de nouveaux engagements au niveau des grands réseaux mondiaux de collectivités, ce qui concernera près des deux tiers des habitants de la planète. Ainsi, nous montrons que nous savons le faire et nous nous engageons pour inciter les Etats à s'engager à leur tour. En parallèle, les Etats doivent nous aider à tenir les objectifs. L'accès au financement est pour nous un point important. Et tout ceci s'accompagne d'un discours très consensuel, selon lequel il est impossible de dissocier climat et développement. C'est en accompagnant le développement durable des territoires, principalement ceux du Sud, que nous parviendrons à répondre aux enjeux climatiques.

Dans un contexte économique peu favorable, pensez-vous que la société civile soit prête à soutenir des initiatives locales ambitieuses ?

Je pense que, aujourd'hui, une part importante des habitants de cette planète a compris que le changement climatique remettait en cause en profondeur nos sociétés et qu'il fallait agir. J'ai eu l'expérience du plan climat de Nantes Métropole, dont j'ai été le vice-président pendant une dizaine d'années. Les acteurs locaux se sentent souvent concernés mais ne savent pas très bien comment agir. C'est la responsabilité des élus de fournir un cadre à l'action, de tracer des perspectives, d'expliquer concrètement comment agir au quotidien. Je pense que c'est une commande de l'opinion publique mondiale de trouver un accord sur le climat. Même s'il existe encore des îlots de climato-scepticisme, les gens ont conscience de la gravité de la situation.

Où se situe la France en termes d'initiative territoriale ?

C'est un pays qui avait du retard mais qui a bougé. Nous ne sommes pas encore au niveau des grandes villes nordiques, qui sont aujourd'hui sur des objectifs de neutralité carbone, mais nous avons créé une vraie dynamique. C'est assez disparate selon les territoires, mais ça avance. Surtout, la loi sur la transition énergétique va permettre de franchir un palier important puisqu'elle oblige toutes les intercommunalités françaises à se doter d'un plan climat d'ici à 2018-2020, en cohérence avec les objectifs nationaux. Donc toutes les collectivités françaises vont devoir se poser la question de la baisse de leurs émissions de CO2 de - 40 % à l'échéance 2030.