Réactions de Ronan Dantec à travers son interview donnée à Coralie Schaub dans Libération : Ronan Dantec : «Deux camps encore plus mobilisés»  et son intervention lors du conseil métropolitain de Nantes Métropole le 28 juin.

Le sénateur écologiste Ronan Dantec critique les modalités d’organisation du référendum ainsi que le projet du gouvernement.

Ronan Dantec est sénateur écologiste de la Loire-Atlantique, vice-président de la commission développement durable du Sénat et conseiller municipal de Nantes. Il considère que le débat n’est pas clos et qu’il reste deux recours. Que conclure du résultat de cette consultation ?

Trois types de territoires se sont exprimés. D’abord, les plus concernés par le sujet, qui ont plutôt voté «non» au transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, qu’il s’agisse des communes d’accueil de ce projet, mais aussi, et c’est une vraie surprise, des électeurs qui sont dans la zone de bruit de l’aéroport actuel, à Nantes.

Ensuite, le nord du département, rural : contrairement à ce que je pensais, il ne s’est pas prononcé contre un gaspillage des terres agricoles. Les gens y ont voté «oui», comme dans tous les territoires de droite, privilégiant l’argument économique, pourtant discutable.

Enfin, j’ajoute une troisième catégorie, même si elle n’a pu s’exprimer que dans les sondages : le Grand Ouest et la France, qui auraient voté «non» à environ 60 %. Nous voilà donc avec deux «non» et un «oui», qui sont tous légitimes. A partir de là, on fait quoi avec ça ?

Que faire justement, puisque les partisans du «non» n’ont aucune intention de baisser les bras ?

Il y a évidemment une colère, du fait que Manuel Valls a choisi le périmètre électoral le plus favorable au «oui» et n’a pas répondu aux demandes d’expertises indépendantes sur ce que coûterait un aménagement de l’aéroport actuel. Il a une responsabilité particulière dans le fait de cliver encore davantage la société. Je lui en veux d’avoir cassé une vraie possibilité d’en sortir avec une consultation digne de ce nom. Au lieu de cela, on se retrouve avec les deux camps encore plus mobilisés : les pro-Notre-Dame-des-Landes se sentent encore plus légitimes et les opposants ont l’impression de s’être fait flouer. Il faut désormais absolument trouver des réponses permettant d’éviter d’aller au drame. Car le risque Sivens existe, c’est évident [référence à la mort de Rémi Fraisse, tué fin 2014 par une grenade lancée par un gendarme, ndlr].

Que préconisez-vous ?

Il ne faut en aucun cas revenir sur ce qu’a dit François Hollande, qui a promis d’attendre que tous les recours juridiques soient épuisés avant de lancer le projet. Or il reste deux grands recours à trancher, dont un européen. Si les paysans sont expulsés et les travaux engagés avant cela, la situation deviendra critique. Ensuite, il faut aussi que l’Etat se pose la question de savoir quel projet il veut, que le gouvernement revoie sa copie pour tenir compte du fait que c’est très clivé sur le terrain, notamment à gauche. Et il faut dès aujourd’hui recréer les conditions du dialogue entre «pros» et «antis» et voir s’il y a des compromis possibles. J’y crois. J’essaie de continuer à faire le pari de l’intelligence collective pour éviter un désastre.

Considérez-vous comme Cécile Duflot que le résultat de cette consultation est une «bataille perdue pour l’écologie» ?

A Nantes, les gens qui sont sous les avions, y compris dans les quartiers populaires de gauche, ont voté contre le transfert. Ils ont voté «climat» plutôt que «nuisances personnelles». Cela prouve qu’il y a une gauche qui a compris les grands enjeux environnementaux et peut arbitrer contre ses petits intérêts personnels. C’est nouveau et très encourageant.

Coralie Schaub

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Conseil métropolitain – 28 juin 2016. D. 3 : Plan Local d'Urbanisme métropolitain – débat sur le Projet d'Aménagement et de Développement Durable

Intervention de Ronan Dantec pour le groupe des élu(e)s écologistes et citoyens

Madame la présidente, mes cher(e)s collègues,

Le PLUM proposé aujourd'hui intègre, à l'échelle du Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), encore 175 ha d'artificialisation de terres agricoles. Certes il y a une baisse de la consommation des terres agricoles, mais si on rajoute un projet d'aéroport, on retrouve enfin les 350 ha de la période précédente.

Ça n'est pas soutenable. Cela veut dire que si on continue ainsi, nous n'aurons tout simplement plus d'agriculture. Il faut en prendre conscience et décider de changer de cap. (En 30 ans, plus de 210 000 ha de terres agricoles ont été consommés dans les Pays-de-la-Loire.)

Comme je ne désespère pas du genre humain, je pense que dans les 10 ans, des coups d'arrêt seront donnés sur les mobilités très émettrices, sinon nous n'atteindrons pas les – 50 % d'émissions de gaz à effet de serre et de consommation des espaces agricoles.

Nous devons donc changer notre vision du territoire, voir que ce sont donc nos dernières années avec ce type d'aménagements. Nous sommes peut-être en train de consommer d'un coup la totalité de nos capacités de compensation environnementale.

Ensuite nous ne toucherons plus à aucune zone humide. Quand je lis ce matin que Bruno Retailleau voit déjà 2 ponts sur la Loire, je me dis que certains n'ont pas bien compris la situation.

Il n'y aura plus, il ne pourra plus y avoir de projets significatifs en zone humide en Loire-Atlantique. Je regrette donc que nous ne n'ayons pas une réflexion stratégique sur la totalité de nos projets d'aménagement, à l'échelle du SCOT, y compris portuaire, plutôt que de tout jouer sur une seule case, un seul service dont nous étions, en plus déjà dotés.

Quelques mots sur le vote de dimanche, sinon j'ai bien compris que vous seriez déçus !

Je veux dire d'abord mon profond respect pour le vote des citoyens de Loire-Atlantique. Leur mobilisation montre une attente réelle pour une démocratie réellement participative. Je considère que le cadre qui leur a été proposé : pas d'expertise indépendante, aucun document papier, un site internet vers un document qui était complexe ; n'était pas à la hauteur de l'enjeu. Nous restons aujourd'hui très déçus sur le fait que les choix faits par le gouvernement n'ont pas permis de construire, avant le vote, une méthodologie partagée qui aurait apaisé les choses. J'ai défendu cette consultation sans être entendu sur la méthodologie.

On ne peut pas être à la fois le porteur du projet et en même temps celui qui détermine la règle du jeu, c'est le B-A BA de la démocratie qui n'a pas été respecté.

Je suis surpris par la modestie de Joseph Parpaillon. Tous les chiffres sont pourtant clairs. Ce sont les territoires à droite qui ont assuré le oui. Le gagnant politique qui s'est imposé sur cette élection s'appelle Bruno Retailleau comme le patron politique du département.

Le résultat nantais est intéressant.Les 50 – 50 montrent que l'électorat de gauche est gravement divisé.

Je reviens sur les propos de mon collègue, Philippe Seillier. Qu'est-ce que ça veut dire les bobos et les prolos ? Ce sont tous des citoyens ! Trentemoult a massivement voté contre comme certains bureaux de l'Île de Nantes situés sous les avions. C'est la preuve que certains citoyens résonnent sur les grands enjeux climatiques et pas seulement sur leur confort personnel.

Ce vote en Loire-Atlantique dit que le nord-est du département a voté massivement pour le transfert. C'est un cri de détresse économique de sa part. Il faut faire en sorte que la richesse soit distribuée sur l'ensemble du département. Si nous prenons les communes les plus impactées par le Plan d'Exposition au Bruit, le non est majoritaire. Sur ces territoires il n'y a pas de volonté de transfert. Si on veut respecter les électeurs, on regarde donc l'intégralité des résultats et on prend en compte la totalité des messages de ce vote complexe.

Il y a un clivage pour ou contre le transfert. Nous le savons. Dans les prochaines semaines, il va y avoir un autre clivage. Il y aura ceux qui vont essayer d'éviter un drame humain, ceux qui vont discuter et il va aussi y avoir tous les boute-feu qui diront « on y va le plus vite possible ». Le contentieux européen n'est pourtant pas réglé et sa réponse est inclue dans le Schéma de Cohérence Territoriale que nous devons adopter en janvier

Nous sommes des élus responsables et je propose qu'on retienne la phrase de Joël Guerriau : « une démocratie est une fraternité, sinon c'est une imposture » et que nous méditions tous là-dessus.