Intégrer une part d'actionnariat populaire dans la gouvernance des clubs est un moyen de lutter contre les dérives financières du football,et  d'arrêter de faire de ce sport la vitrine du capitalisme sauvage, qui détruit toute égalité sportive.

Lettre ouverte de l'association A la Nantaise consultable en ligne ici. A noter cet autre article.

POUR UN AUTRE FOOTBALL EN FRANCE

Lettre ouverte à M. Noël Le Graët, Président de la Fédération Française de Football, et à M. Frédéric Thiriez, Président de la Ligue de Football Professionnel

Signataires : Sophie Auconie (Parlement européen, UDI) ; Jean-Luc Bennahmias (Parlement européen, MoDem) ; Marie-George Buffet (Assemblée nationale, PCF) ; Ronan Dantec (Sénat, EELV) ; Joël Guerriau (Sénat, UDI) ; Razzy Hammadi (Assemblée nationale, PS) ; Michel Ménard (Assemblée nationale, PS) ; Dominique Raimbourg (Assemblée nationale, PS) ; François de Rugy (Assemblée nationale, EELV) ; André Trillard (Sénat, UMP) ; Yannick Vaugrenard (Sénat, PS)

Le football français doit reposer sur des concepts nouveaux et nous souhaitons l'encourager à placer sa gouvernance sous le signe de l'innovation. Les modèles de propriété et de gestion des clubs majeurs du championnat de France sont fermés. L'actionnariat unique conduit trop souvent au grand désordre footballistique : il ne respecte pas le fait qu'un club de football est avant tout une affaire collective, un élément patrimonial, culturel et social lié à des racines populaires ; il coupe le club, devenu hors-sol, des forces vives du territoire dont il est issu ; il crée une dépendance dangereuse vis-à-vis d'une seule entité, voire d'une seule personne, dont le départ du jour au lendemain peut provoquer la disparition brutale de l'entreprise. En Europe, de nombreux clubs ont connu des difficultés financières conduisant à leur perte, avec toutes les conséquences sportives et sociales inhérentes.

En France, un projet d'actionnariat populaire a vu le jour là où les principes du collectif (sur et en-dehors du terrain) avaient su démontrer, en l'espace d'une quarantaine d'années, toute leur efficacité avant que l'actionnariat unique, en l'espace d'une douzaine d'années, ne vienne démontrer toute sa force destructrice. Lors de leurs colloques internationaux, lors de leurs interventions dans les collèges des quartiers populaires ou lors de leurs rassemblements festifs, les bénévoles de l'association A la nantaise1 offrent un spectacle magnifique : plus de 2000 supporters de tous âges, figures de la société civile, acteurs économiques et responsables politiques, de gauche, de droite et du centre, avec la même ardeur, se tiennent par la main pour promouvoir ensemble des valeurs sportives et extra-sportives. Administrée de manière démocratique et transparente, l'association est membre affiliée de l'organisation Supporters Direct2, financée notamment par l'UEFA pour coordonner la diffusion de l'actionnariat populaire dans plus de vingt pays européens. A la nantaise effectue actuellement une levée de fonds avec un objectif précis : monter au capital du FC Nantes en tant qu'actionnaire minoritaire pour siéger dans les organes de décision et contribuer à la gestion du club. Au nom des principes fondamentaux du sport.

Encouragée par

les déclarations de soutien des Maires successifs de la Ville de Nantes (M. Jean-Marc Ayrault puis M. Patrick Rimbert), l'association est également soutenue par toutes les tendances de l'échiquier politique local. Le 30 mars 2012, en plein cœur de la dernière campagne pour l'élection présidentielle, l'ensemble des Conseillers Municipaux se sont solidarisés le temps d'un vœu exprimant à l'unanimité (fait rarissime à Nantes) leur soutien aux principes de l'actionnariat populaire3. Publié par l'Assemblée nationale le 28 juin dernier, un rapport d'information recommande « l'acquisition de parts des clubs par les supporters, afin de mieux les associer à la vie et à la gestion des clubs et leur réserver une place dans les conseils d'administration »4. La mission parlementaire examinant l'application du fair-play financier au modèle économique du football français a salué la qualité du travail de fond effectué par A la nantaise5 ; elle a par ailleurs recommandé aux autorités du football de travailler de concert avec les organisations démocratiques de supporters pour implanter l'actionnariat populaire dans le championnat de France.

Les institutions de l'Union Européenne se sont clairement positionnées. Réuni en session plénière le 2 février 2012 à Bruxelles, le Parlement Européen s'est prononcé à une écrasante majorité en faveur des amendements 45 et 238 au rapport Fisas selon lequel « les Etats membres et les instances dirigeantes du sport doivent stimuler activement le rôle social et démocratique des supporters sportifs qui soutiennent les principes du fair-play, en favorisant leur participation dans les structures de gouvernance et de propriété des clubs »6. La Commission Européenne, quant à elle, finance A la nantaise pour que les bénévoles de cette association disséminent l'actionnariat populaire dans le championnat français et aident d'autres associations démocratiques à se structurer7. Il s'agit d'un signe fort mettant en exergue le sérieux, la rigueur et la crédibilité d'A la nantaise qui explore en France un terrain encore vierge.

En Europe, l'actionnariat populaire est une réalité qui démontre toute sa pertinence à la fois sur le plan de la promotion des valeurs éthiques et sur le plan de l'efficacité économique. De très nombreux clubs ont été sauvés de la banqueroute en raison de la mobilisation de leur public. Dans le championnat allemand, la participation des supporters au capital des clubs de football repose sur une obligation réglementaire : établie par la Ligue allemande de football, la règle dite du « 50 + 1 » permet aux supporters d'être actionnaires majoritaires de l'ensemble des clubs professionnels et permet d'entretenir l'excellente santé financière du championnat le plus rentable d'Europe. Les études du cabinet Deloitte soulignent clairement les vertus de cette règle, gage d'équilibre et socle de stabilité financière : « la forte rentabilité de la Bundesliga serait ainsi principalement le résultat d'une gestion à long terme basée sur un actionnariat stable »8. L'UEFA, elle aussi, soutient activement les principes de l'actionnariat populaire : son secrétaire général Gianni Infantino, lors de la deuxième journée du Congrès des fans de football européen le 13 juillet dernier, a rappelé que « sans la loyauté des fans de football à travers le monde – et en particulier ici en Europe – il n'y aurait pas de sponsors, de sociétés de télévision, ni de riches investisseurs »9 ; selon le Président Michel Platini, les supporters propriétaires de leurs clubs constituent « le modèle à suivre »10.

Pleinement convaincus que le football français doit tenter l'expérience de l'actionnariat populaire, nous pensons que les présidents de la Fédération Française de Football et de la Ligue de Football Professionnel ne peuvent rester à l'écart de ces débats. C'est pourquoi, par la présente, nous vous invitons à livrer votre avis sur le principe-même de l'actionnariat populaire et sur sa mise en œuvre afin de promouvoir un nouveau type de gouvernance, raisonnable, responsable, durable11