Dans le cadre des discussions lancées au sommet onusien de Rio+20 sur le futur cadre international de développement durable, l'urbanisation est une donnée déterminante de ces prochaines décennies. Aujourd'hui, plus de la moitié de la population mondiale est urbaine.

Ces 20 prochaines années, la croissance de la population mondiale se fera principalement dans les villes, en particulier dans les pays émergents et en développement. Cela pose la question de l'accès pour ces nouveaux urbains à un ensemble d'infrastructures et de services, alors qu'elles font déjà défaut à des millions de personnes. Par exemple, 32,7% de la population des pays en développement vivaient dans un bidonville en 2012. Mais c'est bien dans les territoires urbains que sont élaborées les politiques publiques permettant de répondre aux enjeux environnementaux et de développement : modes de production et de consommation, transport, logement, qualité de l'air, sécurité alimentaire, lutte contre l'étalement urbain, préservation des ressources naturelles, mais aussi lutte contre le changement climatique, alors que les villes sont responsables de 60 à 80% des émissions de CO2 dans le monde. Il ne sera donc pas possible d'éliminer la pauvreté ou de répondre aux grandes crises environnementales et climatiques sans s'appuyer sur un modèle d'urbanisation durable.

Porte-parole climat de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), j'étais à New York début janvier pour une session du processus de l'ONU devant amener en 2015 à la définition des Objectifs de développement durable (ODD), sur lesquels s'engageront tous les pays, tel que décidé au Sommet Rio+20 de 2012. J'ai défendu au nom des réseaux mondiaux de collectivités locales, le principe d'un ODD spécifique sur l'Urbanisation durable. Il ne s'agit pas de se limiter à l'enjeu des grandes villes, mais bien d'appréhender un processus global, notamment l'interaction permanente entre territoires urbains et ruraux, ou l'importance des villes moyennes, qui peuvent être une alternative à la croissance non maîtrisée des mégalopoles.

Cet ODD spécifique soulignerait d'abord l'enjeu d'une cohérence d'ensemble des politiques publiques menées pour accompagner l'urbanisation rapide. Par exemple,la planification urbaine et la maîtrise du foncier ont un impact majeur sur les décisions prises en matière de transport, d'habitat, etc. Mais l'enjeu des ODD sera surtout, comme pour les Objectifs du millénaire pour le développement avant eux, d'entraîner des dynamiques de mobilisation. Les territoires urbains font déjà beaucoup dans le monde entier depuis l'adoption des Agendas 21, mais ils ont aujourd'hui besoin d'un signal plus fort de mobilisation. La construction de modèles d'urbanisation durable passe par l'implication de tous les acteurs du territoire, les élus locaux bien sûr, mais également les acteurs privés et la société civile dans son ensemble. Le principe d'un ODD spécifique sur l'urbanisation durable a aussi le soutien de plusieurs organisations de la société civile mondiale - jeunes, femmes, ONG, chercheurs, entreprises - qui ont adressé un message en ce sens à l'ONU et à ses États membres. C'est l'une des premières fois qu'une telle diversité d'organisations porte une parole commune.

Une grande variété d'acteurs cohabite dans les territoires urbains du monde entier, c'est en s'appuyant sur leurs engagements et leur capacité d'innovation que nous ferons de l'urbanisation une opportunité pour construire un avenir durable. Un ODD en tant que tel est un signal nécessaire pour mobiliser et renforcer les dynamiques locales.