Posté le : Le 12 12 09 source : www.cmaintenant.eu

Après les « fuites » des textes « danois » et « chinois », la publication ce matin du nouveau texte du groupe de travail « LCA », qui prépare le principal texte de décision de la Conférence des Parties, permet de dessiner un des cadres de l’accord final.

Ici, à Copenhague, l’exercice prédictif est toujours difficile, et bien des points restent encore en suspend, mais nous pouvons commencer à dégager quelques enseignements.

Le maintien du « protocole de Kyoto » pour une deuxième période d’engagement se précise. Fortement exigé lors des précédentes conférences intermédiaires, à Bangkok et à Barcelone, par le G77 + la Chine (les pays en développement), le maintien de ce protocole contraignant pour les pays de l’annexe I (les pays développés de l’OCDE mais sans les Etats-Unis, non signataire de Kyoto) est clairement prévu dans le texte publié ce matin par M.Cutajar, président du groupe de travail. C’est un pas vers les pays du Sud : ce maintien étant prévu dans le texte dit BASIC, préparé fin novembre par 5 pays (Brésil, Afrique du Sud, Soudan, Inde et Chine) et divulgué (sans l’autorisation de ces auteurs) hier. Ce texte «Sud», qui se veut une approche «raisonnable» de ce qui pourrait être le cadre de l’accord, évoque le problème des Etats-Unis, en estimant que l’engagement américain devrait être comparable à celui des pays signataires du protocole de Kyoto. Cela conforte, ce que nous redoutons ici, c'est-à-dire un engagement des pays développés sur la réduction de leurs émissions insuffisant par rapport à l’objectif, c'est-à-dire de seulement environ 15% et non des 25-40%, par rapport à 2020, comme souhaité par les scientifiques.

Sur ce point, les pressions des ONG, et de tous les acteurs de la « société civile » dont les autorités locales peuvent encore permettre de gagner quelques pour cent, mais c’est surtout  sur les engagements de la période suivante que les choses semblent un peu bouger. L’idée d’un engagement des pays en voie de développement sur leurs pic d’émissions globales (et plus seulement sur la réduction de leurs émissions par point de PIB) est sur la table. La Chine a toujours refusé ce point, mais l’Afrique du Sud s’engage d’ores et déjà pour un pic en 2025. C’est probablement pour faire pression sur ce point que Tuvalu a provoqué hier un incident, en s’en prenant à la Chine et à l’Inde, accusés de ne pas en faire assez et lézardant ainsi l’unanimité historique entre pays en développement.

Cet horizon 2030 intéresse tout le monde. Les Etats-Unis qui annoncent déjà être prêt à faire plus pour la décennie suivante et l’Europe, qui semble faire du pic des pays émergents (vers 2025-2030), évoqué dans le premier texte danois, une priorité de leur action. Ainsi devant les élus français, présents en nombre ce mercredi, Brice Lalonde a clairement fait un lien entre l’engagement européen de 30% en 2020 et cet engagement « de pic » des grands pays émergents. Cette position est en cohérence avec la décision prise jeudi en Conseil européen de ne pas s’engager plus en avant pour l’instant sur un objectif de 30%, au lieu des 20% du paquet énergie climat. Bien des cartes restent donc encore dans les manches des négociateurs.

Reste aussi à vérifier que le transfert d’une partie des engagements vers 2030 ne ressemble pas à un dangereux « demain, je rase gratis ». Les mécanismes de vérification, voire de sanction, qui vont être décidés dans l’accord final ont donc une grande importance et sur ce point, la négociation est particulièrement difficile aujourd’hui, avec de nombreuses obstructions chinoises et américaines notamment. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Nous n’avons pas non plus beaucoup de progrès sur les fonds pour accompagner adaptation et atténuation dans les pays du Sud. Les dernières nuits de négociations se joueront en partie sur les engagements financiers du Nord…. Nous sommes encore très loin du compte.