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Posté le : Le 06 11 09  Source : www.cmaintenant.eu

Cette dernière semaine de négociation intermédiaire sur le climat a été marquée par quelques poussées de fièvre : délégations africaines claquant la porte pour protester contre l’absence de propositions précises des pays développés, Etats-Unis menaçant la Chine d’un échec à Copenhague en cas de refus de ce premier émetteur de C02 mondial de s’engager plus avant sur ses propres propositions d’atténuation, organisations non gouvernementales des pays en développement accusant l’Arabie Saoudite (pourtant membre du groupe de négociations des pays du Sud, le G77 +Chine) de chercher à torpiller tout accord à Copenhague….la tension est un peu montée.

Mais cet organisme complexe qu’est une grande négociation internationale, avec ses milliers de délégués, est bien aujourd’hui un grand corps épuisé. Et la fièvre, qui peut être un mécanisme parfois salvateur, est vite retombée…L’atonie décrit bien mieux l’ambiance assez désillusionnée qui règne dans les couloirs de la « fira gran via» de Barcelone, et comme le soulignait un délégué, le problème est bien qu’aujourd’hui les délégations ne se font plus confiance.

Cet abattement est facilement compréhensible. Les délégués et observateurs qui, depuis deux ans, voire plus, siègent chaque mois ou presque, pendant des journées interminables, qui ne parlent entre eux que climat, car la multiplication des réunions les forcent à une course permanente, ces délégués sont fatigués.

Ils devaient participer à une aventure passionnante, construire le plus complet, global et ambitieux accord de l’histoire moderne et ils savent aujourd’hui que les principales décisions se prendront ailleurs… Ils savent aussi que Copenhague ne sera qu’une étape, qu’il ne peut plus y avoir d’accord juridique complet et que la négociation se poursuivra après. Du coup, l’attentisme domine.
Les principaux arbitrages se feront ailleurs, mais où ? Quelques hypothèses peuvent être avancées.

Le forum des économies majeures (MEF) mis en place par les Etats-Unis pour discuter « entre grands » de la question climatique est une possibilité. Ce n’est probablement pas sans raison que le chef de la délégation américaine, Todd Stern a fortement critiqué la lenteur du processus de l’ONU pour considérer que ce nouveau forum avançait plus vite. Précédé d’un sommet bilatéral Chine – Etats-Unis, il pourrait peut-être mettre sur la table de nouvelles propositions… Vu le refus, continuellement réitéré par les Américains, d’un accord juridiquement trop contraignant sur les niveaux d’émissions de CO2, il est néanmoins peu probable que cela ira dans le sens des demandes européennes, qui prônent un accord juridique unique pour tous, et encore moins du G77 + Chine qui souhaitent le maintien du protocole de Kyoto, qui cible les émissions des pays industrialisés.

Une autre tentative pourrait passer par les grands pays européens, et en premier lieu la France, le Brésil, les pays africains… La diplomatie française œuvre en ce sens. La question du financement de la solidarité Nord-Sud serait un point-clef de cette initiative, mais cela ne règle pas le refus américain d’entrer dans une logique de «protocole» alors que les parlementaires américains commencent juste à discuter, et avec grande difficulté, le texte de l’administration Obama sur un premier objectif de réduction (-20% en 2020 par rapport à 2005).

Personne ne sait donc vraiment comment débouchera cette longue séquence de négociations, même si la rumeur annonce des avancées dans les réunions bilatérales entre délégations nationales. Nobody knows….C’est le tube de Barcelone, mais le refrain n’est pas très entrainant, plutôt déprimant. Et il faut comme toujours, tout l’optimisme des diplomates, qui, il est vrai, en ont vu d’autres, pour rester raisonnablement optimiste. Yvo de Boer, le secrétaire général de l’UNFCCC, l’a dit clairement durant la semaine. Il n’y a plus le temps nécessaire pour un accord complet, juridiquement contraignant, mais il reste la place pour une déclaration « sous la convention » avec différentes annexes sur les engagements des pays industrialisés et en développement, sur l’adaptation et les mécanismes de financement. Cet « accord » donnerait encore un vrai sens au sommet de Copenhague. C’est toujours possible….

En ces temps d’incertitude, dans l’extrême complexité de la négociation en cours, une certitude néanmoins : la pression que de l’extérieur, citoyens, élus locaux, associations vont pouvoir exercer sur les grands de ce monde, va être un élément déterminant. Il reste un mois pour que cette demande claire d’un accord ambitieux à Copenhague s’exprime. Des réseaux de collectivités que je représente à Barcelone jusqu’à chaque citoyen, c’est notre responsabilité. Il nous reste 30 jours.