Discours d’ouverture du sommet Climate Chance Europe à Bruxelles

C’est devenu malheureusement une habitude qui me revient, en tant que président de Climate Chance, quand j’ouvre un de nos sommets consacré à l’adaptation au changement climatique : c’est de commencer par évoquer les dernières catastrophes climatiques.

Cette année n’échappe pas à la règle. C’est plus de 1000 records de chaleur qui ont été battus en France il y a deux semaines, avec des écarts de température de plus de 10 degrés par rapport aux moyennes habituelles. Le climatologue Christophe Cassou a évoqué, je le cite, « un ovni climatique », pour qualifier cet épisode, qui défie littéralement l’entendement.

Je sais que la Belgique a connu exactement le même épisode, et que des centaines de participants du 20km de Bruxelles ont dû être secourus à cause des fortes chaleurs.

De plus, cet épisode s’est poursuivi par des pluies diluviennes notamment sur le val de Sambre, avec des pompiers démunis devant l’ampleur de la catastrophe, pour reprendre les propos de Marc Gilbert, le président de la fédération royale des corps sapeurs-pompiers de Belgique. Et nous avons évidemment toujours en mémoire le lourd bilan humain des inondations de la région de Liège, il y a maintenant 5 ans.

C’est justement à Liège, il y a maintenant deux ans, et je salue Philippe Henry, alors ministre du Climat qui s’était beaucoup investi sur ce sommet, que Climate Chance a engagé ce travail collectif autour des enjeux européens d’adaptation au changement climatique, avec en ligne de mire, la contribution des acteurs non-étatiques que nous fédérons à la nouvelle stratégie européenne d’adaptation.

Un an plus tard, à Marseille, nous avions approfondi un certain nombre de questions, avec plus de 1000 contributeurs présents, et un document qui reste aujourd’hui un document de référence, la contribution à la stratégie européenne d’adaptation

Je ne vais pas vous redécliner tous les points développés dans ce texte, qui se voulait très opérationnel, balayant tous les enjeux en étant adossé au calendrier prévisionnel de révision des directives des règlements européens. Il s’est aussi muni d’une contribution recensée dans le cadre de la consultation de ce début d’année sur la nouvelle stratégie d’adaptation, et tous ces documents sont disponibles sur le site de Climate Chance.

Notre travail est un travail évolutif. Depuis, la Commission a avancé dans sa réflexion, et de nouveaux sujets sont montés en puissance. Nous parlerons par exemple ici à Bruxelles d’intelligence artificielle et de climat, un sujet non encore évoqué dans un sommet Climate Chance.

Je voudrais juste ici souligner quelques points clefs de ce sommet, et des priorités d’action que nous voulons réaffirmer.

Tout d’abord, et c’est bien le sens d’un sommet Climate Chance, face à un tel défi, il nous faut faire communauté, partager de l’expérience et de la capacité d’action de tous les acteurs. L’adaptation en amont, toujours préférable, ou la résilience après la catastrophe, en cas de besoin, ne sont pas possibles sans cette mobilisation. Nous avons créé Climate Chance il y a maintenant 10 ans pour renforcer cette communauté, sortir des silos entre acteurs ne se parlant pas assez, entre le monde des collectivités, des entreprises ou des ONG, favoriser les échanges, développer des plaidoyers communs.

Notre premier message vers l’Union européenne, vers les États membres, est donc bien celui-ci. Écoutez ce que vous proposent les acteurs de terrain, ils ont des propositions à vous faire.
Il s’agit aussi de faire de ces actions, nécessaires sur le climat, des éléments du renforcement de la cohésion des sociétés européennes, d’attention renforcée aux plus fragiles, dans une logique de transition juste. Cela doit être notre projet commun.

Ensuite, nous savons que notre capacité de mobilisation aujourd’hui, c’est ce qui nous permettra d’économiser des investissements en urgence par la suite. 1 euro sur l’adaptation maintenant, c’est près de 10 euros économisés demain. Nous devons toujours l’avoir en tête, ne pas mégoter aujourd’hui sur l’adaptation par des économies de courte vue c’est éviter de gaspiller les financements de demain !

Nous n’ignorons pas qu’aujourd’hui l’Europe fait face à d’autres défis. Lors du Climate Chance de Nantes, il y a 4 ans, nous étions dans les jours qui ont suivi l’agression russe contre l’Ukraine, et nous avions dit notre solidarité avec le peuple ukrainien. Nous savons donc les dangers du monde d’aujourd’hui, nous ne disons pas que les enjeux climatiques doivent passer avant la nécessité du renforcement de la défense européenne, mais l’inverse est tout aussi vrai. Une Europe fragilisée par le réchauffement climatique, c’est aussi une Europe en difficulté face aux agressions extérieures. Nous devons mener les deux de front.

Dans ce cadre d’une approche globale et géopolitique des enjeux climatiques, nous rappelons aussi l’importance de ne pas oublier l’Afrique, et je rappelle que la solidarité internationale était un des piliers de la précédente stratégie d’adaptation européenne. Nous avons très fortement affirmé à Marseille, dans une déclaration signée par une centaine d’organisations, qu’il est essentiel de maintenir ce volet, notamment vers l’Afrique. C’est un double enjeu : à la fois évidemment assumer notre part de responsabilité dans les impacts de réchauffement climatique en Afrique, continent peu émetteur mais très concerné par le réchauffement actuel, et par ailleurs, garder l’Afrique comme allié sur les objectifs mondiaux de réduction des émissions, ce qui passe par une réponse à leur demande aujourd’hui prioritaire sur l’adaptation. Nous en parlerons jeudi en clôture.

Ensuite, nous savons les difficultés actuelles de construction du budget européen, nous connaissons les hypothèses d’évolution en cours de discussion.

Nous le disons donc avec force. Le futur budget européen, quelle que soit son architecture, doit faire de l’adaptation au réchauffement climatique une de ses priorités, et dans ce cadre, le soutien à l’action territoriale sera central, car les priorités d’adaptation étant par définition extrêmement différentes d’un lieu à l’autre, c’est bien au niveau local que nous savons au mieux comment tirer le meilleur parti des financements disponibles.

Ainsi, même si nous n’ignorons pas la tendance à la renationalisation, à l’échelle des États, des crédits européens, l’Union européenne doit affirmer avec force que ces fonds doivent aller aux territoires, avec une prise en compte, dans toutes les actions et politiques publiques ainsi soutenues, des exigences d’adaptation.

Tout cela nécessite aussi des cadres d’action commune, des trajectoires partagées, des indicateurs communs. Nous en parlerons dans les ateliers.

En 2024, sous l’impulsion des ministres Christophe Béchu et d’Agnès Pannier-Runacher, la France s’est dotée d’une TRACC, une trajectoire de référence sur l’adaptation au changement climatique, sur une base de +2,8°C en 2050 et +4°C en 2100, ce qui n’est jamais qu’appliquer à la France la projection d’un réchauffement de +3°C au niveau mondial, correspondant aux engagements actuels des États sur la réduction d’émissions dans le cadre de l’accord de Paris.

Il est temps que l’Europe se dote ainsi d’une trajectoire ou d’un scénario de référence lucide, et non plus d’une fourchette entre plusieurs scénarios.
Cela déstabilise souvent les acteurs de terrain, ne sachant trop sur lequel étalonner leur action. Nous savons que ce sujet fait partie du débat au sein du conseil, que le sujet évolue dans le bon sens, et nous pouvons déjà mesurer le chemin parcouru, ne serait-ce que par rapport au sommet de Liège, où envisager un autre scénario que le +2 degrés était encore un peu tabou.

Financement territorial, trajectoire de référence, solidarité avec l’Afrique, voilà quelques points, sans être exhaustif, sur lesquels nous allons débattre, peut-être, des fois, être en désaccord, mais d’abord faire communauté.
Car c’est bien là, le message clef d’un sommet Climate Chance. Si nous n’affrontons pas ensemble ce défi majeur pour notre avenir commun, alors nous ne gagnerons pas ce combat.

Bon sommet, bons travaux à toutes et à tous !

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